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Une histoire depuis Diderot
Sommaire
Une histoire depuis Diderot
L’Encyclopédie
Un second changement important dans le mouvement des Lumières par rapport au siècle précédent trouve son origine en France, avec les Encyclopédistes. Ce mouvement intellectuel défend l’idée qu’il existe une architecture scientifique et morale du savoir. Le philosophe Denis Diderot et le mathématicien Jean Le Rond d’Alembert publient en 1751 l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers qui permet de faire le point sur l’état du savoir de l’époque. L’Encyclopédie devient ainsi un hymne au progrès scientifique.
La Planche 1-143 de l’Encyclopédie représentant l’anatomie humaine.
Avec l’Encyclopédie naît également la conception classique que la science doit son apparition à la découverte de la méthode expérimentale. d’Alembert explique ainsi, dans le Discours préliminaire de l’Encyclopédie (1759) que :
« Ce n’est point par des hypothèses vagues et arbitraires que nous pouvons espérer de connaître la nature, c’est (…) par l’art de réduire autant qu’il sera possible, un grand nombre de phénomènes à un seul qui puisse en être regardé comme le principe (…). Cette réduction constitue le véritable esprit systématique, qu’il faut bien se garder de prendre pour l’esprit de système »
Rationalisme et science moderne
Article détaillé : Rationalisme.
La période dite des Lumières initie la montée du courant rationaliste, provenant de René Descartes puis des philosophes anglais, comme Thomas Hobbes et David Hume, qui adoptent une démarche empirique, mettant l’accent sur les sens et l’expérience dans l’acquisition des connaissances, au détriment de la raison pure. Des penseurs, également scientifiques (comme Gottfried Wilhelm Leibniz, qui développe les mathématiques et le calcul infinitésimal, ou Emmanuel Kant, le baron d’Holbach, dans Système de la nature, dans lequel il soutient l’athéisme contre toute conception religieuse ou déiste, le matérialisme et le fatalisme c’est-à-dire le déterminisme scientifique, ou encore Pierre Bayle avec ses Pensées diverses sur la comète) font de la Raison (avec une majuscule) un culte au progrès et au développement social. Les découvertes d’Isaac Newton, sa capacité à confronter et à assembler les preuves axiomatiques et les observations physiques en un système cohérent donnent le ton de tout ce qui suit son exemplaire Philosophiae Naturalis Principia Mathematica. En énonçant en effet la théorie de la gravitation universelle, Newton inaugure l’idée d’une science comme discours tendant à expliquer le monde, considéré comme rationnel car ordonné par des lois reproductibles.
L’avènement du sujet pensant, en tant qu’individu qui peut décider par son raisonnement propre et non plus sous le seul joug des us et coutumes, avec John Locke, permet la naissance des sciences humaines, comme l’économie, la démographie, la géographie ou encore la psychologie.
Naissance des grandes disciplines scientifiques
La majorité des disciplines majeures de la science se consolident, dans leurs épistémologies et leurs méthodes, au xviiie siècle. La botanique apparaît avec Carl von Linné qui publie en 1753 Species plantarum, point du départ du système du binôme linnéen et de la nomenclature botanique. La chimie naît par ailleurs avec Antoine Laurent de Lavoisier, qui énonce en 1778 la loi de conservation de la matière, identifie et baptise l’oxygène. Les sciences de la terre font aussi leur apparition. Comme discipline, la médecine progresse également avec la constitution des examens cliniques et les premières classification des maladies par William Cullen et François Boissier de Sauvages de Lacroix.
xixe siècle
La biologie connaît au xixe siècle de profonds bouleversements avec la naissance de la génétique, à la suite des travaux de Gregor Mendel, le développement de la physiologie, l’abandon du vitalisme à la suite de la synthèse de l’urée qui démontre que les composés organiques obéissent aux mêmes lois physico-chimiques que les composés inorganiques. L’opposition entre science et religion se renforce avec la parution de L’Origine des espèces en 1859 de Charles Darwin. Les sciences humaines naissent, la sociologie avec Auguste Comte, la psychologie avec Charcot et Wilhelm Maximilian Wundt.
Claude Bernard et la méthode expérimentale
Claude Bernard (1813-1878) est un médecin et physiologiste, connu pour l’étude du syndrome de Claude Bernard-Horner. Il est considéré comme le fondateur de la médecine expérimentale. Il rédige la première méthode expérimentale, considérée comme le modèle à suivre de la pratique scientifique. Il énonce ainsi les axiomes de la méthode médicale dans Introduction à l’étude de la médecine expérimentale (1865) et en premier lieu l’idée que l’observation doit réfuter ou valider la théorie :
« La théorie est l’hypothèse vérifiée après qu’elle a été soumise au contrôle du raisonnement et de la critique. Une théorie, pour rester bonne, doit toujours se modifier avec le progrès de la science et demeurer constamment soumise à la vérification et la critique des faits nouveaux qui apparaissent. Si l’on considérait une théorie comme parfaite, et si on cessait de la vérifier par l’expérience scientifique, elle deviendrait une doctrine »
Révolution industrielle
Article détaillé : Révolution industrielle.
Un des premiers microscopes.
Les Première et Seconde Révolutions Industrielles sont marquées par de profonds bouleversements économiques et sociaux, permis par les innovations et découvertes scientifiques et techniques. La vapeur, puis l’électricité comptent parmi ces progrès notables qui ont permis l’amélioration des transports et de la production. Les instruments scientifiques sont plus nombreux et plus sûrs, tels le microscope (à l’aide duquel Louis Pasteur découvre les microbes) ou le télescope se perfectionnent. La physique acquiert ses principales lois, notamment avec James Clerk Maxwell qui, énonce les principes de la théorie cinétique des gaz ainsi que l’équation d’onde fondant l’électromagnétisme. Ces deux découvertes permirent d’importants travaux ultérieurs notamment en relativité restreinte et en mécanique quantique. Il esquisse ainsi les fondements des sciences du xxe siècle, notamment les principes de la physique des particules, à propos de la nature de la lumière.
Une science « post-industrielle »
Tout comme le xixe siècle, le xxe siècle connaît une accélération importante des découvertes scientifiques. On note l’amélioration de la précision des instruments, qui eux-mêmes reposent sur les avancées les plus récentes de la science ; l’informatique qui se développe à partir des années 1950 et permet un meilleur traitement d’une masse d’informations toujours plus importante et aboutit à révolutionner la pratique de la recherche, est un de ces instruments.
Les échanges internationaux des connaissances scientifiques sont de plus en plus rapides et faciles (ce qui se traduit par des enjeux linguistiques) ; toutefois, les découvertes les plus connues du xxe siècle précèdent la véritable mondialisation et l’uniformisation linguistique des publications scientifiques. En 1971, la firme Intel met au point le premier micro-processeur et, en 1976, Apple commercialise le premier ordinateur de bureau. Dans La Société post-industrielle. Naissance d’une société, le sociologue Alain Touraine présente les caractéristiques d’une science au service de l’économie et de la prospérité matérielle.
Complexification des sciences
De « révolutions scientifiques » en révolutions scientifiques, la science voit ses disciplines se spécialiser. La complexification des sciences explose au xxe siècle, conjointement à la multiplication des champs d’étude. Parallèlement, les sciences viennent à se rapprocher voire à travailler ensemble. C’est ainsi que, par exemple, la biologie fait appel à la chimie et à la physique, tandis que cette dernière utilise l’astronomie pour confirmer ou infirmer ses théories (développant l’astrophysique). Les mathématiques deviennent le « langage » commun des sciences ; les applications étant multiples. Le cas de la biologie est exemplaire. Elle se divise en effet en de nombreuses branches : biologie moléculaire, biochimie, biologie génétique, agrobiologie, etc.
L’informatique, innovation majeure du xxe siècle, a apporté une précieuse assistance aux travaux de recherche.
La somme des connaissances devient telle qu’il est impossible pour un scientifique de connaître parfaitement plusieurs branches de la science. C’est ainsi qu’ils se spécialisent de plus en plus et, pour contrebalancer cela, le travail en équipe devient la norme. Cette complexification rend la science de plus en plus abstraite pour ceux qui ne participent pas aux découvertes scientifiques, en dépit de programmes nationaux et internationaux (sous l’égide de l’ONU, avec l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO)) de vulgarisation des savoirs.
Développement des sciences sociales
Le siècle est également marqué par le développement des sciences sociales. Celles-ci comportent de nombreuses disciplines comme l’anthropologie, la sociologie, l’ethnologie, l’histoire, la psychologie, la linguistique, la philosophie, l’archéologie, l’économie, entre autres.
Éthique et science : l’avenir de la science au xxie siècle
Le xxie siècle est caractérisé par une accélération des découvertes de pointe, comme la nanotechnologie. Par ailleurs, au sein des sciences naturelles, la génétique promet des changements sociaux ou biologiques sans précédent. L’informatique est par ailleurs à la fois une science et un instrument de recherche puisque la simulation informatique permet d’expérimenter des modèles toujours plus complexes et gourmands en termes de puissance de calcul. La science se démocratise d’une part : des projets internationaux voient le jour (lutte contre le SIDA et le cancer, programme SETI, astronomie, détecteurs de particules, etc.) ; d’autre part la vulgarisation scientifique permet de faire accéder toujours plus de personnes au raisonnement et à la curiosité scientifique.
L’éthique devient une notion concomitante à celle de science. Les nanotechnologies et la génétique surtout posent les problèmes de société futurs, à savoir, respectivement, les dangers des innovations pour la santé et la manipulation du patrimoine héréditaire de l’homme. Les pays avancés technologiquement créent ainsi des organes institutionnels chargé d’examiner le bien-fondé des applications scientifiques. Par exemple, des lois bioéthiques se mettent en place à travers le monde, mais pas partout de la même manière, étant très liées aux droits locaux. En France, le Comité Consultatif National d’Éthique est chargé de donner un cadre légal aux découvertes scientifiques.
Disciplines scientifiques
La science peut être organisée en grandes disciplines scientifiques, notamment : mathématiques, chimie, biologie, géologie, physique, mécanique, informatique, psychologie, optique, pharmacie, médecine, astronomie, archéologie, économie, sociologie, anthropologie, linguistique, géographie. Les disciplines ne se distinguent pas seulement par leurs méthodes ou leurs objets, mais aussi par leurs institutions : revues, sociétés savantes, chaires d’enseignement, ou même leurs diplômes.
Classification des sciences
Hiérarchie des principales disciplines scientifiques d’après Auguste Comte. Par exemple, les sciences physiques étudient la matière qui est régie par des lois essentiellement mathématiques, elles-mêmes régies par des lois logiques. Les groupes de disciplines diffèrent par leur méthode, formelle ou empirique, et par leur objet d’étude dont la complexité est représentée sur le diagramme par un nombre plus ou moins grand de côtés aux figures.
Plusieurs axes de classification des disciplines existent et sont présentées dans cette section :
- axe de la finalité : sciences fondamentales (ex. : l’astronomie) / sciences appliquées (ex. : les sciences de l’ingénieur) ;
- axe par nature (catégories). Après un classement par deux, puis par trois dans l’histoire des sciences, la pratique retient maintenant quatre catégories :
- les sciences formelles (ou sciences logico-formelles),
- les sciences physiques,
- les sciences de la vie,
- les sciences sociales ;
- axe méthodologique.
Par ailleurs, le terme de « science pure » est parfois employé pour catégoriser les sciences formelles (la mathématique et la logique, essentiellement) ou fondamentales, selon le sens, qui sont construites sur des entités purement abstraites, tandis que les sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STEM) regroupent les sciences formelles et naturelles.
Les sciences sociales, comme la sociologie, portent sur l’étude des phénomènes sociaux, les secondes, comme la physique, portent sur l’étude des phénomènes naturels. Plus récemment, quelques auteurs, comme Herbert Simon, ont évoqué l’apparition d’une catégorie intermédiaire, celle des sciences de l’artificiel, qui portent sur l’étude de systèmes créés par l’homme, mais qui présentent un comportement indépendant ou relativement à l’action humaine. Il s’agit par exemple des sciences de l’ingénieur.
On peut également distinguer les sciences empiriques, qui portent sur l’étude des phénomènes accessibles par l’observation et l’expérimentation, des sciences logico-formelles, comme la logique ou les mathématiques, qui portent sur des entités purement abstraites. Une autre manière de catégoriser les sciences consiste à distinguer les sciences fondamentales, dont le but premier est de produire des connaissances, des sciences appliquées, qui visent avant tout à appliquer ces connaissances à la résolution de problèmes concrets. D’autres catégorisations existent, notamment la notion de science exacte ou de science dure. Ces dernières catégorisations, bien que très courantes, sont beaucoup plus discutables que les autres, car elles sont porteuses d’un jugement (certaines sciences seraient plus exactes que d’autres, certaines sciences seraient « molles »).
En outre, certains savants, comme Paul Oppenheim, ont proposé une classification des sciences les imbriquant les unes dans les autres, selon le principe des poupées russes.
De manière générale, aucune catégorisation n’est complètement exacte ni entièrement justifiable, et les zones épistémologiques entre elles demeurent floues89. Pour Robert Nadeau : « on reconnaît généralement qu’on peut classer [les sciences] selon leur objet (…), selon leur méthode (…), et selon leur but. »
Sciences fondamentales et appliquées
Articles détaillés : Science fondamentale et Sciences appliquées.
Cette classification première repose sur la notion d’utilité : certaines sciences produisent des connaissances en sorte d’agir sur le monde (les sciences appliquées, qu’il ne faut pas confondre avec la technique en tant qu’application de connaissances empiriques), c’est-à-dire dans la perspective d’un objectif pratique, économique ou industriel, tandis que d’autres (les sciences fondamentales) visent en priorité l’acquisition de nouvelles connaissances.
Néanmoins, cette limite est floue. Les mathématiques, la physique, la chimie, la sociologie ou la biologie peuvent ainsi aussi bien être fondamentales qu’appliquées, selon le contexte. En effet, Les découvertes issues de la science fondamentale trouvent des fins utiles (exemple : le laser et son application au son numérique sur CD-ROM). De même, certains problèmes techniques mènent parfois à de nouvelles découvertes en science fondamentale. Ainsi, les laboratoires de recherche et les chercheurs peuvent faire parallèlement de la recherche appliquée et de la recherche fondamentale. Par ailleurs, la recherche en sciences fondamentales utilise les technologies issues de la science appliquée, comme la microscopie, les possibilités de calcul des ordinateurs par la simulation numérique, par exemple.
Un groupe de chercheurs travaillant sur une expérience.
Certaines disciplines restent cependant plus ancrées dans un domaine que dans un autre. La cosmologie et l’astronomie sont par exemple des sciences exclusivement fondamentales tandis que la médecine, la pédagogie ou l’ingénierie sont des sciences essentiellement appliquées.
Par ailleurs, les mathématiques sont souvent considérées comme autre chose qu’une science, en partie parce que la vérité mathématique n’a rien à voir avec la vérité des autres sciences. L’objet des mathématiques est en effet interne à cette discipline. Ainsi, sur cette base, les mathématiques appliquées souvent perçues davantage comme une branche mathématique au service d’autres sciences (comme le démontrent les travaux du mathématicien Jacques-Louis Lions qui explique : « Ce que j’aime dans les mathématiques appliquées, c’est qu’elles ont pour ambition de donner du monde des systèmes une représentation qui permette de comprendre et d’agir ») seraient bien plutôt sans finalité pratique. A contrario, les mathématiques possèdent un nombre important de branches, d’abord abstraites, s’étant développées au contact avec d’autres disciplines comme les statistiques, la théorie des jeux, la logique combinatoire, la théorie de l’information, la théorie des graphes entre autres exemples, autant de branches qui ne sont pas catalogués dans les mathématiques appliquées mais qui pourtant irriguent d’autres branches scientifiques.
Sciences nomothétiques et idiographiques
Un classement des sciences peut s’appuyer sur les méthodes mises en œuvre. Une première distinction de cet ordre peut être faite entre les sciences nomothétiques et les sciences idiographiques :
- les sciences nomothétiques cherchent à établir des lois générales pour des phénomènes susceptibles de se reproduire : on y retrouve la physique et la biologie, mais également des sciences humaines ou sociales comme l’économie, la psychologie ou même la sociologie ;
- les sciences idiographiques s’occupent au contraire du singulier, de l’unique, du non récurrent. L’exemple de l’histoire montre qu’il n’est pas absurde de considérer que le singulier peut être justiciable d’une approche scientifique.
Wilhelm Windelband.
C’est à Wilhelm Windelband, philosophe allemand du xixe siècle, que l’on doit la première ébauche de cette distinction, la réflexion de Windelband portant sur la nature des sciences sociales. Dans son Histoire et science de la nature (1894), il soutient que l’opposition entre sciences de la nature et de l’esprit repose sur une distinction de méthode et de « formes d’objectivation ». Jean Piaget reprendra le vocable de nomothétique pour désigner les disciplines cherchant à dégager des lois ou des relations quantitatives en utilisant des méthodes d’expérimentation stricte ou systématique. Il cite la psychologie scientifique, la sociologie, la linguistique, l’économie et la démographie. Il distingue ces disciplines des sciences historiques, juridiques et philosophiques.
Sciences empiriques et logico-formelles
Articles détaillés : Science empirique et Science formelle.
Une catégorisation a été proposée par l’épistémologie, distinguant les « sciences empiriques » et les « sciences logico-formelles ». Leur point commun reste les mathématiques et leur usage dans les disciplines liées ; cependant, selon les mots de Gilles-Gaston Granger, « la réalité n’est pas aussi simple. Car, d’une part, c’est souvent à propos de questions posées par l’observation empirique que des concepts mathématiques ont été dégagés ; d’autre part, si la mathématique n’est pas une science de la nature, elle n’en a pas moins de véritables objets ». Selon Léna Soler, dans son Introduction à l’épistémologie, distingue d’une part les sciences formelles des sciences empiriques, d’autre part les sciences de la nature des sciences humaines et sociale :
- les sciences dites empiriques portent sur le monde accessible par l’expérience et par les sens. Elles regroupent : les sciences de la nature, qui étudient les phénomènes naturels ; les sciences humaines étudiant l’Homme et ses comportements individuels et collectifs, passés et présents ;
- de leur côté, les sciences logico-formelles (ou sciences formelles) explorent par la déduction, selon des règles de formation et de démonstration, des systèmes axiomatiques. Il s’agit par exemple des mathématiques ou de la logique.
Sciences de la nature et sciences sociales
Articles détaillés : Sciences de la nature et Sciences sociales.
Selon Gilles Gaston Granger, il existe une autre sorte d’opposition épistémologique, distinguant d’une part les sciences de la nature, qui ont des objets émanant du monde sensible, mesurables et classables ; d’autre part les sciences de l’homme aussi dites sciences humaines, pour lesquelles l’objet est abstrait. Gilles-Gaston Granger récuse par ailleurs de faire de l’étude du phénomène humain une science proprement dite :
- les sciences sociales sont celles qui ont pour objet d’étude les phénomènes sociaux; les sociétés, leur histoire, leurs cultures, leurs réalisations et leurs comportements ;
- les sciences de la nature, ou « sciences naturelles » (« Natural science » en anglais) ont pour objet le monde naturel, la Terre et l’Univers.
Le sens commun associe une discipline à un objet. Par exemple la sociologie s’occupe de la société, la psychologie de la pensée, la physique s’occupe de phénomènes mécaniques, thermiques, la chimie s’occupe des réactions de la matière. La recherche moderne montre néanmoins l’absence de frontière et la nécessité de développer des transversalités ; par exemple, pour certaines disciplines on parle de « physico-chimique » ou de « chimio-biologique », expressions qui permettent de montrer les liens forts des spécialités entre elles. Une discipline est finalement définie par l’ensemble des référentiels qu’elle utilise pour étudier un ensemble d’objets, ce qui forme sa scientificité. Néanmoins, ce critère n’est pas absolu.
Pour le sociologue Raymond Boudon, il n’existe pas une scientificité unique et transdisciplinaire. Il s’appuie ainsi sur la notion d’« airs de famille », notion déjà théorisée par le philosophe Ludwig Wittgenstein selon laquelle il n’existe que des ressemblances formelles entre les sciences, sans pour autant en tirer une règle générale permettant de dire ce qu’est « la science ». Raymond Boudon, dans L’art de se persuader des idées douteuses, fragiles ou fausses explique que le relativisme « s’il est une idée reçue bien installée […], repose sur des bases fragiles » et que, contrairement à ce que prêche Feyerabend, « il n’y a pas lieu de congédier la raison ».
Classification des Sciences de l’Homme et sociales (SHS) en France
Article détaillé : Sciences humaines et sociales.
Au niveau de la recherche scientifique en France, le classement des disciplines est le suivant dans la nouvelle nomenclature (2010) de la stratégie nationale pour la recherche et l’innovation (SNRI) des Sciences de l’Homme et de la Société (SHS) :
- SHS1 : Marchés et organisations (économie, finances, management)
- SHS2 : Normes, institutions et comportements sociaux (Droit, science politique, sociologie, anthropologie, ethnologie, démographie, information et communication)
- SHS3 : Espace, environnement et sociétés (Études environnementales, géographie physique, géographie sociale, géographie urbaine et régionale, aménagement du territoire)
- SHS4 : Esprit humain, langage, éducation (Sciences cognitives, sciences du langage, psychologie, sciences de l’éducation, STAPS)
- SHS5 : Langues, textes, arts et cultures (Langues, littérature, arts, philosophie, religion, histoire des idées)
- SHS6 : Mondes anciens et contemporains (Préhistoire, archéologie, histoire, histoire de l’art)
- Raisonnement scientifique
- Type formel pur
Article détaillé : Logique.
Selon Emmanuel Kant, la logique formelle est « science qui expose dans le détail et prouve de manière stricte, uniquement les règles formelles de toute pensée ». Les mathématiques et la logique formalisées composent ce type de raisonnement. Cette classe se fonde par ailleurs sur deux principes constitutifs des systèmes formels : l’axiome et les règles de déduction ainsi que sur la notion de syllogisme, exprimée par Aristote le premier et liée au « raisonnement déductif » (on parle aussi de raisonnement « hypothético-déductif »), qu’il expose dans ses Topiques et dans son traité sur la logique : Les Analytiques.
Il s’agit également du type qui est le plus adéquat à la réalité, celui qui a fait le plus ses preuves, par la technique notamment. Le maître-mot du type formel pur est la démonstration logique et non-contradictoire (entendu comme la démonstration qu’on ne pourra dériver dans le système étudié n’importe quelle proposition)99. En d’autres termes, il ne s’agit pas à proprement parler d’un raisonnement sur l’objet mais bien plutôt d’une méthode pour traiter les faits au sein des démonstrations scientifiques et portant sur les propositions et les postulats.
On distingue ainsi dans ce type deux disciplines fondamentales :
- la logique de la déduction naturelle ;
- la logique combinatoire.
Le type formel fut particulièrement développé au xxe siècle, avec le logicisme et la philosophie analytique. Bertrand Russell développe en effet une « méthode atomique » (ou atomisme logique) qui s’efforce de diviser le langage en ses parties élémentaires, ses structures minimales, la phrase simple en somme. Wittgenstein projetait en effet d’élaborer un langage formel commun à toutes les sciences permettant d’éviter le recours au langage naturel, et dont le calcul propositionnel représente l’aboutissement. Cependant, en dépit d’une stabilité épistémologique propre, a contrario des autres types, le type formel pur est également largement tributaire de l’historicité des sciences.
Type empirico-formel
Articles détaillés : Empirisme, Modèle, Théorie et expérimentation.
Le modèle de ce type, fondé sur l’empirisme, est la physique. L’objet est ici concret et extérieur, non construit par la discipline (comme dans le cas du type formel pur). Ce type est en fait la réunion de deux composantes :
- d’une part il se fonde sur la théorique formelle, les mathématiques (la physique fondamentale par exemple) ;
- d’autre part la dimension expérimentale est complémentaire (la méthode scientifique).
Expérience démontrant la viscosité du bitume.
Le type empirico-formel progresse ainsi de la théorie — donnée comme a priori — à l’empirie, puis revient sur la première via un raisonnement circulaire destiné à confirmer ou réfuter les axiomes. Le « modèle » est alors l’intermédiaire entre la théorie et la pratique. Il s’agit d’une schématisation permettant d’éprouver ponctuellement la théorie. La notion de « théorie » est depuis longtemps centrale en philosophie des sciences, mais elle est remplacée, sous l’impulsion empiriste, par celle de modèle, dès le milieu du xxe siècle. L’expérience (au sens de mise en pratique) est ici centrale, selon l’expression de Karl Popper : « Un système faisant partie de la science empirique doit pouvoir être réfuté par l’expérience ».
Parmi les sciences empiriques, on distingue deux grandes familles de sciences : les sciences de la nature et les sciences humaines. Néanmoins, l’empirisme seul ne permet pas, en se coupant de l’imagination, d’élaborer des théories novatrices, fondées sur l’intuition du scientifique, permettant de dépasser des contradictions que la simple observation des faits ne pourrait résoudre.
Des débats portent néanmoins quant à la nature empirique de certaines sciences humaines, comme l’économie ou l’histoire, qui ne reposent pas sur une méthode totalement empirique, l’objet étant virtuel dans les deux disciplines.
Type herméneutique
Articles détaillés : Herméneutique et Phénoménologie (science).
Les sciences herméneutiques (du grec hermeneutikè, « art d’interpréter ») décodent les signes naturels et établissent des interprétations. Ce type de discours scientifique est caractéristique des sciences humaines, où l’objet est l’homme. Dans la méthode herméneutique, les effets visibles sont considérés comme un texte à décoder, à la signification cachée. La phénoménologie est ainsi l’explication philosophique la plus proche de ce type, qui regroupe, entre autres, la sociologie, la linguistique, l’économie, l’ethnologie, la théorie des jeux, etc.
Il peut s’agir dès lors de deux catégories de discours :
- l’intention première est alors l’objet de la recherche herméneutique, exemple : dans la psychologie ;
- l’interprétation est aussi possible : la théorie prévoit les phénomènes, simule les relations et les effets mais l’objet reste invisible (cas de la psychanalyse).
Par rapport aux deux autres types formels, le statut scientifique du type herméneutique est contesté par les tenants d’une science mathématique, dite « dure ».
À la conception de l’unité de la science postulée par le positivisme tout un courant de pensée va, à la suite de Wilhelm Dilthey (1833-1911), affirmer l’existence d’une coupure radicale entre les sciences de la nature et les sciences de l’esprit. Les sciences de la nature ne cherchent qu’à expliquer leur objet, tandis que les sciences de l’homme, et l’histoire en particulier, demandent également à comprendre de l’intérieur et donc à prendre en considération le vécu. Ces dernières ne doivent pas adopter la méthode en usage dans les sciences de la nature car elles ont un objet qui lui est totalement différent. Les sciences sociales doivent être l’objet d’une introspection, ce que Wilhelm Dilthey appelle une « démarche herméneutique », c’est-à-dire une démarche d’interprétation des manifestations concrètes de l’esprit humain. Le type herméneutique marque le xxe siècle, avec des auteurs comme Hans-Georg Gadamer qui publia en 1960, Vérité et Méthode qui, s’opposant à l’empirisme tout-puissant, affirme que « la méthode ne suffit pas ».
La scientificité ne se limite pas à l’observation
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Scientificité et méthode scientifique
Articles détaillés : Méthode scientifique et Évaluation de la recherche scientifique.
La connaissance acquise ne peut être qualifiée de scientifique que si la scientificité des processus d’obtention a été démontrée.
La « méthode scientifique » (grec ancien méthodos, « poursuite, recherche, plan ») est « l’ensemble des procédés raisonnés pour atteindre un but ; celui-ci peut être de conduire un raisonnement selon des règles de rectitude logique, de résoudre un problème de mathématique, de mener une expérimentation pour tester une hypothèse scientifique ». Elle est étroitement liée au but recherché et à l’histoire des sciences. La méthode scientifique suit par ailleurs cinq opérations distinctes :
- expérimentation ;
- observation ;
- théorie et modèle ;
- simulation ;
- publication et validation.
Scientificité
La scientificité est la qualité des pratiques et des théories qui cherchent à établir des régularités reproductibles, mesurables et réfutables dans les phénomènes par le moyen de la mesure expérimentale, et à en fournir une représentation explicite.
Plus généralement, c’est le « caractère de ce qui répond aux critères de la science ». De manière générale à toutes les sciences, la méthode scientifique repose sur quatre critères :
- elle est systématique (le protocole doit s’appliquer à tous les cas, de la même façon) ;
- elle fait preuve d’objectivité (c’est le principe du « double-aveugle » : les données doivent être contrôlées par des collègues chercheurs – c’est le rôle de la publication) ;
- elle est rigoureuse, testable (par l’expérimentation et les modèles scientifiques) ;
- et enfin, elle doit être cohérente (les théories ne doivent pas se contredire, dans une même discipline).
Néanmoins, chacun de ces points est problématique, et les questionnements de l’épistémologie portent principalement sur les critères de scientificité. Ainsi, concernant la cohérence interne aux disciplines, l’épistémologue Thomas Samuel Kuhn bat en brèche ce critère de scientificité, en posant que les paradigmes subissent des « révolutions scientifiques » : un modèle n’est valable tant qu’il n’est pas remis en cause. Le principe d’objectivité, qui est souvent présenté comme l’apanage de la science, est, de même, source d’interrogations, surtout au sein des sciences humaines.
Pour le sociologue de la science Roberto Miguelez : « Il semble bien que l’idée de la science suppose, premièrement, celle d’une logique de l’activité scientifique ; deuxièmement, celle d’une syntaxe du discours scientifique. En d’autres termes, il semble bien que, pour pouvoir parler de la science, il faut postuler l’existence d’un ensemble de règles – et d’un seul – pour le traitement des problèmes scientifiques – ce qu’on appellera alors « la méthode scientifique » -, et d’un ensemble de règles – et d’un seul – pour la construction d’un discours scientifique ». La sociologie des sciences étudie en effet de plus en plus les critères de scientificité, au sein de l’espace social scientifique, passant d’une vision interne, celle de l’épistémologie, à une vision davantage globale.
Expérimentation
Article détaillé : Expérimentation.
Thomas Edison dans son laboratoire (1901).
L’« expérimentation » est une méthode scientifique qui consiste à tester par des expériences répétées la validité d’une hypothèse et à obtenir des données quantitatives permettant de l’affiner. Elle repose sur des protocoles expérimentaux permettant de normaliser la démarche. La physique ou la biologie reposent sur une démarche active du scientifique qui construit et contrôle un dispositif expérimental reproduisant certains aspects des phénomènes naturels étudiés. La plupart des sciences emploient ainsi la méthode expérimentale, dont le protocole est adapté à son objet et à sa scientificité. De manière générale, une expérience doit apporter des précisions quantifiées (ou statistiques) permettant de réfuter ou d’étayer le modèle. Les résultats des expériences ne sont pas toujours quantifiables, comme dans les sciences humaines. L’expérience doit ainsi pouvoir réfuter les modèles théoriques.
L’expérimentation a été mise en avant par le courant de l’empirisme. Néanmoins, le logicien et scientifique Charles Sanders Peirce (1839-1914), et plus tard mais indépendamment109, l’épistémologue Karl Popper (1902-1994), lui opposent l’abduction (ou méthode par conjecture et réfutation) comme étape première de la recherche scientifique. L’abduction (ou conjecture) est un procédé consistant à introduire une règle à titre d’hypothèse afin de considérer ce résultat comme un cas particulier tombant sous cette règle. Elle consiste en l’invention a priori d’une conjecture précédant l’expérience. En somme, cela signifie que l’induction fournit directement la théorie, alors que dans le processus abductif, la théorie est inventée avant l’expérience et cette dernière ne fait que répondre par l’affirmative ou par la négative à l’hypothèse.
Observation
Article détaillé : Observation.
L’observation scientifique passe par des instruments, ici des alambics pour la chimie.
L’« observation » est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide de moyens d’enquête et d’étude appropriés. Les scientifiques y ont recours principalement lorsqu’ils suivent une méthode empirique. C’est par exemple le cas en astronomie ou en physique. Il s’agit d’observer le phénomène ou l’objet sans le dénaturer, ou même interférer avec sa réalité. Certaines sciences, comme la physique quantique ou la psychologie, prennent en compte l’observation comme un paradigme explicatif à part entière, influençant le comportement de l’objet observé. La philosophe Catherine Chevalley résume ainsi ce nouveau statut de l’observation : « Le propre de la théorie quantique est de rendre caduque la situation classique d’un « objet » existant indépendamment de l’observation qui en est faite ».
La science définit la notion d’observation dans le cadre de l’approche objective de la connaissance, observation permise par une mesure et suivant un protocole fixé d’avance.
Théorie et modèle
Une « théorie » (du grec theoria soit « vision du monde ») est un modèle ou un cadre de travail pour la compréhension de la nature et de l’humain. En physique, le terme de théorie désigne généralement le support mathématique, dérivé d’un petit ensemble de principes de base et d’équations, permettant de produire des prévisions expérimentales pour une catégorie donnée de systèmes physiques. Un exemple est la « théorie électromagnétique », habituellement confondue avec l’électromagnétisme classique, et dont les résultats spécifiques sont obtenus à partir des équations de Maxwell. L’adjectif « théorique » adjoint à la description d’un phénomène indique souvent qu’un résultat particulier a été prédit par une théorie mais qu’il n’a pas encore été observé. La théorie est ainsi bien souvent plus un modèle entre l’expérimentation et l’observation qui reste à confirmer.
La conception scientifique de la théorie devient ainsi une phase provisoire de la méthode expérimentale. Claude Bernard, dans son Introduction à la médecine expérimentale appuie sur le rôle clé des questions et sur l’importance de l’imagination dans la construction des hypothèses, sorte de théories en voie de développement. Le neurobiologiste Jean-Pierre Changeux explique ainsi :
« Le scientifique construit des « modèles » qu’il confronte au réel. Il les projette sur le monde ou les rejette en fonction de leur adéquation avec celui-ci sans toutefois prétendre l’épuiser. La démarche du scientifique est débat critique, « improvisation déconcertante », hésitation, toujours consciente de ses limites »
En effet, si l’expérimentation est prépondérante, elle ne suffit pas, conformément à la maxime de Claude Bernard : « La méthode expérimentale ne donnera pas d’idée neuve à ceux qui n’en ont pas », la théorie et le modèle permettant d’éprouver la réalité a priori.
Simulation
Articles détaillés : Simulation de phénomènes et Modèle mathématique.
La « simulation » est la « reproduction artificielle du fonctionnement d’un appareil, d’une machine, d’un système, d’un phénomène, à l’aide d’une maquette ou d’un programme informatique, à des fins d’étude, de démonstration ou d’explication ». Elle est directement liée à l’utilisation de l’informatique au xxe siècle. Il existe deux types de simulations :
- La modélisation physique consiste spécifiquement à utiliser un autre phénomène physique que celui observé, mais en y appliquant des lois ayant les mêmes propriétés et les mêmes équations. Un modèle mathématique est ainsi une traduction de la réalité pour pouvoir lui appliquer les outils, les techniques et les théories mathématiques. Il y a alors deux types de modélisations : les modèles prédictifs (qui anticipent des événements ou des situations, comme ceux qui prévoient le temps avec la météorologie) et les modèles descriptifs (qui représentent des données historiques).
- La simulation numérique utilise elle un programme spécifique ou éventuellement un progiciel plus général, qui génère davantage de souplesse et de puissance de calcul. Les simulateurs de vol d’avions par exemple permettent d’entraîner les pilotes. En recherche fondamentale les simulations que l’on nomme aussi « modélisations numériques » permettent de reproduire des phénomènes complexes, souvent invisibles ou trop ténus, comme la collision de particules.
Publication et littérature scientifique
Articles détaillés : Publication scientifique et Scientométrie.
Le terme de « publication scientifique » regroupe plusieurs types de communications que les chercheurs font de leurs travaux en direction d’un public de spécialistes, et ayant subi une forme d’examen de la rigueur de la méthode scientifique employée pour ces travaux, comme l’examen par un comité de lecture indépendant par exemple. La publication scientifique est donc la validation de travaux par la communauté scientifique. C’est aussi le lieu de débats contradictoires à propos de sujets polémiques ou de discussions de méthodes.
Il existe ainsi plusieurs modes de publications :
- les revues scientifiques à comité de lecture ;
- les comptes-rendus de congrès scientifique à comité de lecture ;
- des ouvrages collectifs rassemblant des articles de revue ou de recherche autour d’un thème donné, coordonnés par un ou plusieurs chercheurs appelés éditeurs ;
- des monographies sur un thème de recherche.
Les publications qui entrent dans un des cadres ci-dessus sont généralement les seules considérées pour l’évaluation des chercheurs et les études bibliométriques, à tel point que l’adage « publish or perish » (publier ou périr) est fondé. La scientométrie est en effet une méthode statistique appliquée aux publications scientifiques. Elle est utilisée par les organismes finançant la recherche comme outil d’évaluation. En France, ces indicateurs, tel le facteur d’impact, occupent ainsi une place importante dans la LOLF (pour : Loi Organique relative aux Lois de Finances). Les politiques budgétaires dévolues aux laboratoires et aux unités de recherche dépendent ainsi souvent de ces indicateurs scientométriques.
Discours sur la science Épistémologie
Article détaillé : Épistémologie.
Le vocable d’« épistémologie » remplace celui de philosophie des sciences au début du xxe siècle. Il s’agit d’un néologisme construit par James Frederick Ferrier, dans son ouvrage Institutes of metaphysics (1854). Le mot est composé sur la racine grecque επιστήμη / épistémê signifiant « science au sens de savoir et de connaissance » et sur le suffixe λόγος / lógos, « le discours ». Ferrier l’oppose au concept antagoniste de l’« agnoiology », ou théorie de l’ignorance. Le philosophe analytique Bertrand Russell l’emploie ensuite, dans son Essai sur les fondements de la géométrie en 1901, sous la définition d’analyse rigoureuse des discours scientifiques, pour examiner les modes de raisonnement qu’ils mettent en œuvre et décrire la structure formelle de leurs théories. En d’autres mots, les « épistémologues » se concentrent sur la démarche de la connaissance, sur les modèles et les théories scientifiques, qu’ils présentent comme autonomes par rapport à la philosophie.
Jean Piaget proposait de définir l’épistémologie « en première approximation comme l’étude de la constitution des connaissances valables », dénomination qui, selon Jean-Louis Le Moigne, permet de poser les trois grandes questions de la discipline :
- Qu’est ce que la connaissance et quel est son mode d’investigation (c’est la question « gnoséologique ») ?
- Comment la connaissance est-elle constituée ou engendrée (c’est la question méthodologique) ?
- Comment apprécier sa valeur ou sa validité (question de sa scientificité) ?
Philosophie des sciences
Article détaillé : Philosophie des sciences.
Avant ces investigations, la science était conçue comme un corpus de connaissances et de méthodes, objet d’étude de la Philosophie des sciences, qui étudiait le discours scientifique relativement à des postulats ontologiques ou philosophiques, c’est-à-dire non-autonomes en soi. L’épistémologie permettra la reconnaissance de la science et des sciences comme disciplines autonomes par rapport à la philosophie. Les analyses de la science (l’expression de « métascience » est parfois employée) ont tout d’abord porté sur la science comme corpus de connaissance, et ont longtemps relevé de la philosophie. C’est le cas d’Aristote, de Francis Bacon, de René Descartes, de Gaston Bachelard, du cercle de Vienne, puis de Popper, Quine, Lakatos enfin, parmi les plus importants. L’épistémologie, au contraire, s’appuie sur l’analyse de chaque discipline particulière relevant des épistémologies dites « régionales ». Aurel David explique ainsi que « La science est parvenue à se fermer chez elle. Elle aborde ses nouvelles difficultés par ses propres moyens et ne s’aide en rien des productions les plus élevées et les plus récentes de la pensée métascientifique ».
Pour le prix Nobel de physique Steven Weinberg, auteur de Le Rêve d’une théorie ultime (1997) la philosophie des sciences est inutile car elle n’a jamais aidé la connaissance scientifique à avancer.
Science au service de l’humanité : le progrès
Articles détaillés : Progrès scientifique, Progrès technique et Sciences, Technologies et Société.
Le terme de progrès vient du latin « progressus » qui signifie l’action d’avancer. Selon cette étymologie le progrès désigne un passage à un degré supérieur, c’est-à-dire à un état meilleur, participant à l’effort économique. La civilisation se fonde ainsi, dans son développement, sur une série de progrès dont le progrès scientifique. La science serait avant tout un moyen de faire le bonheur de l’humanité, en étant le moteur du progrès matériel et moral. Cette identification de la science au progrès est très ancienne et remonte aux fondements philosophiques de la science. Cette thèse est distincte de celle de la science dite pure (en elle-même), et pose le problème de l’autonomie de la science, en particulier dans son rapport au pouvoir politique. Les questions éthiques limitent également cette définition de la science comme un progrès. Certaines découvertes scientifiques ont des applications militaires ou même peuvent être létales en dépit d’un usage premier bénéfique.
Albert Einstein et Robert Oppenheimer. L’utilisation militaire de la technologie nucléaire a posé un dilemme aux deux scientifiques.
Selon les tenants de la science comme moyen d’amélioration de la société, dont Ernest Renan ou Auguste Comte sont parmi les plus représentatifs, le progrès offre :
- une explication du fonctionnement du monde : il est donc vu comme un pouvoir explicatif réel et illimité ;
- des applications technologiques toujours plus utiles permettant de transformer l’environnement afin de rendre la vie plus facile.
La thèse de la science pure pose, quant à elle, que la science est avant tout le propre de l’humain, ce qui fait de l’homme un animal différent des autres. Dans une lettre du 2 juillet 1830 adressée à Legendre, le mathématicien Charles Gustave Jacob Jacobi écrit ainsi, à propos du physicien Joseph Fourier : « M. Fourier avait l’opinion que le but principal des mathématiques était l’utilité publique et l’explication des phénomènes naturels ; mais un philosophe comme lui aurait dû savoir que le but unique de la science, c’est l’honneur de l’esprit humain, et que sous ce titre, une question de nombres vaut autant qu’une question du système du monde ». D’autres courants de pensée comme le scientisme envisagent le progrès sous un angle plus utilitariste.
Enfin des courants plus radicaux posent que la science et la technique permettront de dépasser la condition ontologique et biologique de l’homme. Le transhumanisme ou l’extropisme sont par exemple des courants de pensée stipulant que le but de l’humanité est de dépasser les injustices biologiques (comme les maladies génétiques, grâce au génie génétique) et sociales (par le rationalisme), et que la science est le seul moyen à sa portée. À l’opposé, les courants technophobes refusent l’idée d’une science salvatrice, et pointent au contraire les inégalités sociales et écologiques, entre autres, que la science génère.
Interrogations de l’épistémologie
Articles détaillés : épistémologie et Les questions épistémologiques.
L’épistémologie pose des questions philosophiques à la Science, et à la « science en train de se faire ». La science progressant de manière fondamentalement discontinue, les renversements de « représentations » des savants, appelées également « paradigmes scientifiques » selon l’expression de Thomas Samuel Kuhn qui, dans son livre La structure des révolutions scientifique (1962), distingue :
- la nature de la production des connaissances scientifiques (par exemple, les types de raisonnements sont-ils fondés ?) ;
- la nature des connaissances en elles-mêmes (l’objectivité est-elle toujours possible, etc.). Ce problème d’épistémologie concerne plus directement la question de savoir comment identifier ou démarquer les théories scientifiques des théories métaphysiques ;
Une autre formulation en quatre paradigmes, intégrant les apports de l’informatique, est proposée par Tansley & Tolle en 2009, intégrant les progrès de l’informatique, reformulée au début des années 2000 par Jim Gray (chercheur en informatique) :
- Science empirique puis Science expérimentale (antiquité – XVIIIe siècle) : Ce paradigme repose sur une science caractérisée basée sur l’observation directe des phénomènes naturels et sur des expériences simples à partir desquelles les scientifiques recueillaient des données et formulaient des hypothèses. Depuis la fin du 16ème siècle c’est le principal moteur des avancées scientifiques, pour notamment mieux comprendre le monde naturel ;
- Science théorique (XIXe – milieu du XXe siècle) : Ce paradigme se concentre sur le développement de modèles et de théories pour expliquer des phénomènes observés ; des concepts abstraits permettent de « formuler » des lois et des principes qui régissent le comportement de la nature ; avec l’essor conjoint des mathématiques, de la physique théorique et de la chimie, de la biologie, la science se tourne vers la construction de modèles et de théories unificatrices abstraites, pour expliquer les phénomènes naturels de l’infiniment petit à l’infiniment grand. Des expériences visent à vérifier ou infirmer ces théories ;
- Science de la simulation et/ou la science informatique (milieu du XXe siècle – années 2000) : Avec l’avènement des ordinateurs et la croissance de la puissance de calcul informatique, ce paradigme décrit une science capable de simuler des phénomènes complexes qui seraient difficiles ou impossibles à étudier expérimentalement. Les simulations informatiques aident à prédire le comportement des systèmes et à tester des théories dans des environnements virtuels. Les simulations numériques, les analyses statistiques et la modélisation complexe sont devenues des outils indispensables dans de nombreux domaines scientifiques
- Science des données, ou eScience pour Jim Gray (années 2000 à aujourd’hui): Ce paradigme émerge avec l’internet et la capacité de collecter et d’analyser de grandes quantités de données (big data, dont une partie en open data). Il met l’accent sur le partage et la réanalyse des données dans différents contextes pour générer de nouvelles hypothèses et découvertes scientifiques. Les plateformes de type data commons pourraient jouent un rôle crucial dans ce paradigme en facilitant la gestion, l’analyse et le partage des données. Cette dernière phase est marquée par la nécessité de gérer, analyser et, pour partie, partager à grande échelle des flux et stocks de données, éventuellement collaborativement, via des outils logiciels de plus en plus sophistiqués. Malgré plusieurs « hivers », l’IAg (IA générative) émerge dans les années 2020.
Nombre de philosophes ou d’épistémologues ont ainsi interrogé la nature de la science et en premier lieu la thèse de son unicité. L’épistémologue Paul Feyerabend, dans Contre la méthode, est l’un des premiers, dans les années soixante-dix, à se révolter contre les idées reçues à l’égard de la science et à relativiser l’idée trop simple de « méthode scientifique ». Il expose une théorie anarchiste de la connaissance plaidant pour la diversité des raisons et des opinions, et explique en effet que « la science est beaucoup plus proche du mythe qu’une philosophie scientifique n’est prête à l’admettre ». Le philosophe Louis Althusser, qui a produit un cours sur cette question dans une perspective marxiste, soutient que « tout scientifique est affecté d’une idéologie ou d’une philosophie scientifique » qu’il appelle « Philosophie Spontanée des Savants » (« P.S.S »). Dominique Pestre s’attache lui à montrer l’inutilité d’une distinction entre « rationalistes » et « relativistes », dans Introduction aux Science Studies.
Grands modèles épistémologiques
Article détaillé : épistémologie.
L’histoire des sciences et de la philosophie a produit de nombreuses théories quant à la nature et à la portée du phénomène scientifique. Il existe ainsi un ensemble de grands modèles épistémologiques qui prétendent expliquer la spécificité de la science. Le xxe siècle a marqué un tournant radical. Très schématiquement, aux premières réflexions purement philosophiques et souvent normatives sont venus s’ajouter des réflexions plus sociologiques et psychologiques, puis des approches sociologiques et anthropologiques dans les années 1980, puis enfin des approches fondamentalement hétérogènes à partir des années 1990 avec les Science studies. Le discours sera également interrogé par la psychologie avec le courant du constructivisme. Enfin, l’épistémologie s’intéresse à la « science en action » (expression de Bruno Latour), c’est-à-dire à sa mise en œuvre au quotidien et plus seulement à la nature des questions théoriques qu’elle produit.
Cartésianisme et rationalisme
Articles détaillés : épistémologie et Rationalisme.
Empirisme
Articles détaillés : épistémologie et Empirisme.
Positivisme d’Auguste Comte
Articles détaillés : épistémologie et Positivisme.
Critique de l’induction de Mach
Article détaillé : épistémologie.
Réfutabilité de Karl Popper et les « programmes de recherche scientifique » de Imre Lakatos
Article détaillé : épistémologie.
« Science normale » de Thomas Kuhn
Article détaillé : épistémologie.
Constructivisme
Articles détaillés : épistémologie et Constructivisme (épistémologie).
Science et société Histoire
Le Concile de Nicée de 325 avait instauré dans l’Église l’argument dogmatique selon lequel Dieu avait créé le ciel et la terre en six jours. Cependant, des explications scientifiques furent possibles dès ce credo, qui ne se prononçait pas sur l’engendrement du monde, œuvre du Christ. Cette lacune théologique avait permis une certaine activité scientifique au Moyen Âge, dont, en premier lieu, l’astronomie. Dès le viiie siècle, la science arabo-musulmane prospérait et développait la médecine, les mathématiques, l’astronomie, et d’autres sciences. À cette époque, dans l’islam, la science était particulièrement encouragée, le monde étant vu comme un code à déchiffrer pour comprendre les messages divins. Les pays de culture chrétienne en profitèrent largement à partir du xiie siècle lors d’une période de renouveau appelée Renaissance du xiie siècle par l’historien Charles H. Haskins.
Au sein du christianisme, le premier pas en faveur de l’héliocentrisme (qui place la Terre en orbitation autour du Soleil) est fait par le chanoine Nicolas Copernic, avec le De revolutionibus (1543). Le Concile de Trente (1545-1563) encouragea les communautés religieuses à mener des recherches scientifiques. Mais Galilée se heurte à la position de l’Église en faveur du géocentrisme, en vertu d’une interprétation littérale de la Bible, qui recoupait la représentation du monde des savants grecs de l’Antiquité (Ptolémée et Aristote). Le procès de Galilée, en 1633, marque un divorce entre la pensée scientifique et la pensée religieuse, pourtant initiée par l’exécution de Giordano Bruno en 1600. L’opposition des autorités religieuses aux implications des découvertes faites par des scientifiques, telle qu’elle s’est manifestée dans le cas de Galilée, est apparue a posteriori comme une singularité dans l’Histoire. Le procès de Galilée devint le symbole d’une science devenant indépendante de la religion, voire opposée à elle. Cette séparation est consommée au xviiie siècle, pendant les Lumières.
Au xixe siècle, les scientismes posent que la science seule peut expliquer l’univers et que la religion est l’« opium du peuple » comme dira plus tard Karl Marx qui fonde la vision matérialiste de l’histoire. Les réussites scientifiques et techniques, qui améliorent la civilisation et la qualité de vie, le progrès scientifique en somme, bat en brèche les dogmes religieux, quelle que soit la confession. Les théories modernes de la physique et de la biologie (avec Charles Darwin et l’évolution), les découvertes de la psychologie, pour laquelle le sentiment religieux demeure un phénomène intérieur voire neurologique, supplantent les explications mystiques et spirituelles.
Au xxe siècle, l’affrontement des partisans de la théorie de l’évolution et des créationnistes, souvent issus des courants religieux radicaux, cristallise le dialogue difficile de la foi et de la raison. Le « procès du singe » (à propos de l’« ascendance » simiesque de l’homme) illustre ainsi un débat permanent au sein de la société civile131. Enfin, nombre de philosophes ou d’épistémologues se sont interrogés sur la nature de la relation entre les deux institutions. Le paléontologue Stephen Jay Gould dans « Que Darwin soit ! » parle de deux magistères, chacun restant maître de son territoire mais ne s’empiétant pas, alors que Bertrand Russell mentionne dans son ouvrage Science et Religion les conflits les opposant. Nombre de religieux tentent, comme Pierre Teilhard de Chardin ou Georges Lemaître (père de la théorie du Big bang), d’allier explication scientifique et ontologie religieuse.
L’encyclique de 1998, Fides et ratio, de Jean-Paul II cherche à réconcilier la religion et la science en proclamant que « la foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité ».
Les explications de la science restent limitées aux phénomènes. La question des fins ultimes reste donc ouverte, et comme le remarquait Karl Popper :
« Toutes nos actions ont des fins, des fins ultimes, et la science n’a affaire qu’aux moyens que nous pouvons régulièrement et rationnellement mettre en œuvre pour atteindre certaines fins. »
Science et pseudo-sciences
Article détaillé : Pseudo-science.
Une « pseudo-science » (grec ancien pseudês, « faux ») est une démarche prétendument scientifique qui ne respecte pas les canons de la méthode scientifique, dont celui de réfutabilité.
Ce terme, de connotation normative, est utilisé dans le but de dénoncer certaines disciplines en les démarquant des démarches au caractère scientifique reconnu. C’est au xixe siècle (sous l’influence du positivisme d’Auguste Comte, du scientisme et du matérialisme) que fut exclu du domaine de la science tout ce qui n’est pas vérifiable par la méthode expérimentale. Un ensemble de critères explique en quoi une théorie peut être classée comme pseudo-science. Karl Popper relègue ainsi la psychanalyse au rang de pseudo-science, au même titre que, par exemple, l’astrologie, la phrénologie ou la divination. Le critère de Popper est cependant contesté pour certaines disciplines ; pour la psychanalyse, parce que la psychanalyse ne prétend pas être une science exacte. De plus, Popper a été assez ambigu sur le statut de la théorie de l’évolution dans son système.
Les sceptiques, comme Richard Dawkins, Mario Bunge, Carl Sagan, Richard Feynman ou encore James Randi considèrent toute pseudo-science comme dangereuse. Le mouvement zététique œuvre quant à lui principalement à mettre à l’épreuve ceux qui affirment réaliser des actions scientifiquement inexplicables.
Science et protoscience
Si le terme normatif « pseudoscience » démarque les vraies sciences des fausses sciences, le terme protoscience (du grec πρῶτος / prỗtos, « premier, initial ») inscrit les champs de recherche dans un continuum temporel : est protoscientifique ce qui pourrait, dans l’avenir, être intégré dans la science, ou ne pas l’être. Le terme anglophone de fringe science désigne un domaine situé en marge de la science, entre la pseudo-science et la protoscience.
Science ou technique ?
Articles détaillés : Technique et Connaissance technique.
La technique (τέχνη / téchnê, « art, métier, savoir-faire ») « concerne les applications de la science, de la connaissance scientifique ou théorique, dans les réalisations pratiques, les productions industrielles et économiques ». La technique couvre ainsi l’ensemble des procédés de fabrication, de maintenance, de gestion, de recyclage et, même d’élimination des déchets, qui utilisent des méthodes issues de connaissances scientifiques ou simplement des méthodes dictées par la pratique de certains métiers et l’innovation empirique. On peut alors parler d’art, dans son sens premier, ou de « science appliquée ». La science est elle autre chose, une étude plus abstraite. Ainsi l’épistémologie examine entre autres les rapports entre la science et la technique, comme l’articulation entre l’abstrait et le savoir-faire. Néanmoins, historiquement, la technique est première. « L’homme a été Homo faber, avant d’être Homo sapiens », explique le philosophe Bergson. Contrairement à la science, la technique n’a pas pour vocation d’interpréter le monde, elle est là pour le transformer, sa vocation est pratique et non théorique.
La technique est souvent considérée comme faisant partie intégrante de l’histoire des idées ou à l’histoire des sciences. Pourtant il faut bien admettre la possibilité d’une technique « a-scientifique », c’est-à-dire évoluant en dehors de tout corpus scientifique et que résume les paroles de Bertrand Gille : « le progrès technique s’est fait par une somme d’échecs que vinrent corriger quelques spectaculaires réussites ». La technique au sens de connaissance intuitive et empirique de la matière et des lois naturelles est ainsi la seule forme de connaissance pratique, et ce jusqu’au xviiie siècle, époque où se développeront les théories et avec elles de nouvelles formes de connaissance axiomatisées.
En définitive, on oppose généralement le technicien (qui applique une science) avec le théoricien (qui théorise la science).
Arts et science
Article détaillé : Arts scientifiques.
Hervé Fischer parle, dans La société sur le divan, publié en 2007, d’un nouveau courant artistique prenant la science et ses découvertes comme inspiration et utilisant les technologies telles que les biotechnologies, les manipulations génétiques, l’intelligence artificielle, la robotique, qui inspirent de plus en plus d’artistes. Par ailleurs, le thème de la science a été souvent à l’origine de tableaux ou de sculptures. Le mouvement du futurisme par exemple considère que le champ social et culturel doit se rationaliser. Enfin, les découvertes scientifiques aident les experts en Art. La connaissance de la désintégration du carbone 14 par exemple permet de dater les œuvres. Le laser permet de restaurer, sans abîmer les surfaces, les monuments. Le principe de la synthèse additive des couleurs restaure les autochromes. Les techniques d’analyse physico-chimiques permettent d’expliquer la composition des tableaux, voire de découvrir des palimpsestes. La radiographie permet de sonder l’intérieur d’objets ou de pièces sans polluer le milieu. La spectrographie est utilisée enfin pour dater et restaurer les vitraux.
Vulgarisation scientifique
La vulgarisation est le fait de rendre accessibles les découvertes ainsi que le monde scientifique à tous et dans un langage adapté.
La compréhension de la science par le grand public est l’objet d’études à part entière ; les auteurs parlent de « Public Understanding of Science » (expression consacrée en Grande-Bretagne, « science literacy » aux États-Unis) et de « culture scientifique » en France. Il s’agit du principal vecteur de la démocratisation et de la généralisation du savoir selon les sénateurs français Marie-Christine Blandin et Ivan Renard.
Dans nombre de démocraties, la vulgarisation de la science est au cœur de projets mêlant différents acteurs économiques, institutionnels et politiques. En France, l’Éducation nationale a ainsi pour mission de sensibiliser l’élève à la curiosité scientifique, au travers de conférences, de visites régulières ou d’ateliers d’expérimentation. La Cité des sciences et de l’industrie met à disposition de tous des expositions sur les découvertes scientifiques alors que les quelque trente centres de culture scientifique, technique et industrielle ont « pour mission de favoriser les échanges entre la communauté scientifique et le public. Cette mission s’inscrit dans une démarche de partage des savoirs, de citoyenneté active, permettant à chacun d’aborder les nouveaux enjeux liés à l’accroissement des connaissances ».
Le Futuroscope ou Vulcania ou le Palais de la découverte sont d’autres exemples de mise à disposition de tous des savoirs scientifiques. Les États-Unis possèdent également des institutions telles que l’Exploratorium de San Francisco, qui se veulent plus près d’une expérience accessible par les sens et où les enfants peuvent expérimenter. Le Québec a développé quant à lui le Centre des sciences de Montréal.
La vulgarisation se concrétise donc au travers d’institutions, de musées, mais aussi d’animations publiques comme les Nuits des étoiles par exemple, de revues, et de personnalités (Hubert Reeves pour l’astronomie), qu’énumère Bernard Schiele dans Les territoires de la culture scientifique.
Science et idéologie
Article détaillé : Technocratie.
Scientisme ou « religion » de la science
Article détaillé : scientisme.
La valeur universelle de la science est débattue depuis le début du xxe siècle, tous les systèmes de connaissances n’étant pas forcément assujettis à la science. La croyance en une universalité de la science constitue le scientisme.
Le scientisme est une idéologie apparue au xviiie siècle, selon laquelle la connaissance scientifique permettrait d’échapper à l’ignorance dans tous les domaines et donc, selon la formule d’Ernest Renan dans L’Avenir de la science d’« organiser scientifiquement l’humanité ».
Il s’agit donc d’une foi dans l’application des principes de la science dans tous les domaines. Nombre de détracteurs y voient une véritable religion de la science, particulièrement en Occident. Sous des acceptions moins techniques, le scientisme peut être associé à l’idée que seules les connaissances scientifiquement établies sont vraies. Il peut aussi renvoyer à un certain excès de confiance en la science qui se transformerait en dogme. Le courant zététique, qui s’inspire du scepticisme philosophique, essaye d’appréhender efficacement la réalité par le biais d’enquêtes et d’expériences s’appuyant sur la méthode scientifique et a pour objectif de contribuer à la formation chez chaque individu d’une capacité d’appropriation critique du savoir humain, est en ce sens une forme de scientisme.
Pour certains épistémologues, le scientisme prend de toutes autres formes. Robert Nadeau, en s’appuyant sur une étude réalisée en 1984, considère que la culture scolaire est constituée de « clichés épistémologiques » qui formeraient une sorte de « mythologie des temps nouveaux » qui ne serait pas sans rapport avec une sorte de scientisme. Ces clichés tiennent soit à l’histoire de la science, résumée et réduite à des découvertes qui jalonnent le développement de la société, soit à des idées comme celles qui met en avant que les lois, et plus généralement les connaissances scientifiques, sont des vérités absolues et dernières, et que les preuves scientifiques sont non moins absolues et définitives alors que, selon les mots de Thomas Samuel Kuhn, elles ne cessent de subir révolutions et renversements.
Enfin, c’est surtout la sociologie de la connaissance, dans les années 1940 à 1970, qui a mis fin à l’hégémonie du scientisme. Les travaux de Ludwig Wittgenstein, Alexandre Koyré et Thomas Samuel Kuhn surtout ont démontré l’incohérence du positivisme. Les expériences ne constituent pas, en effet, des preuves absolues des théories et les paradigmes sont amenés à disparaître. Pour Paul Feyerabend, ce sont des forces politiques, institutionnelles et même militaires qui ont assuré à la science sa dominance, et qui la maintiennent encore dans cette position.
Science au service de la guerre
Le laser est à l’origine une découverte militaire.
Pendant la Première Guerre mondiale, les sciences ont été utilisées par l’État afin de développer de nouvelles armes chimiques et de développer des études balistiques. C’est la naissance de l’économie de guerre, qui s’appuie sur des méthodes scientifiques. L’« OST », ou Organisation Scientifique du Travail de Frederick Winslow Taylor est ainsi un effort d’améliorer la productivité industrielle grâce à l’ordonnancement des tâches, permis notamment par le chronométrage. Néanmoins, c’est pendant la Seconde Guerre mondiale que la science est le plus utilisée à des fins militaires. Les armes secrètes de l’Allemagne nazie comme les V2 sont au centre des découvertes de cette époque.
Toutes les disciplines scientifiques sont ainsi dignes d’intérêt pour les gouvernements. Le kidnapping de scientifiques allemands à la fin de la guerre, soit par les Soviétiques, soit par les Américains, fait naître la notion de « guerre des cerveaux », qui culminera avec la course à l’armement de la Guerre froide. Cette période est en effet celle qui a le plus compté sur les découvertes scientifiques, notamment la bombe atomique, puis la bombe à hydrogène. De nombreuses disciplines naissent d’abord dans le domaine militaire, telle la cryptographie informatique ou la bactériologie, pour la guerre biologique. Amy Dahan et Dominique Pestre146 expliquent ainsi, à propos de cette période de recherches effrénées, qu’il s’agit d’un régime épistémologique particulier. Commentant leur livre, Loïc Petitgirard explique : « Ce nouveau régime de science se caractérise par la multiplication des nouvelles pratiques et des relations toujours plus étroites entre science, État et société ». La conception de ce qu’on nomme alors le complexe militaro-industriel apparaît, en lien très intime avec le politique.
Dès 1945, avec la constatation de la montée des tensions due à l’opposition des blocs capitalistes et communistes, la guerre devient en elle-même l’objet d’une science : la polémologie. Le sociologue français Gaston Bouthoul (1896-1980), dans « le Phénomène guerre », en fonde les principes.
Enfin, si la science est par définition neutre, elle reste l’affaire d’hommes, sujets aux idéologies dominantes. Ainsi, selon les sociologues relativistes Barry Barnes et David Bloor de l’Université d’Édimbourg, les théories sont d’abord acceptées au sein du pouvoir politique. Une théorie s’imposerait alors non parce qu’elle est vraie mais parce qu’elle est défendue par les plus forts. En d’autres termes, la science serait, sinon une expression élitiste, une opinion majoritaire reconnue comme une vérité scientifique et le fait d’un groupe, ce que démontrent les travaux d’Harry Collins. La sociologie des sciences s’est ainsi beaucoup intéressée, dès les années 1970, à l’influence du contexte macro-social sur l’espace scientifique. Robert King Merton a montré, dans « Éléments de théorie et de méthode sociologique » (1965) les liens étroits entre le développement de la Royal Society de Londres, fondée en 1660, et l’éthique puritaine de ses acteurs. Pour lui, la vision du monde des protestants de l’époque a permis l’accroissement du champ scientifique.
Science et religion
Article détaillé : Relation entre science et religion.
Historiquement, la science et la religion ont longtemps été apparentées. Dans « Les Formes élémentaires de la vie religieuse » (1912), Émile Durkheim montre que les cadres de pensée scientifique comme la logique ou les notions de temps et d’espace trouvent leur origine dans les pensées religieuses et mythologiques. L’Église Catholique s’intéresse de près à la science et à son évolution comme en témoigne le fait qu’elle ait organisé pour la quatrième fois une conférence internationale au Vatican intitulée « Unite to Cure » en avril 2018. Cette conférence a pour but d’unir différentes opinions dans différentes disciplines scientifiques afin de réfléchir sur le futur de la science et de l’Homme.
Le non-recouvrement
La philosophie des sciences modernes a abouti à la nécessité pour la science et la religion de marquer leurs territoires. Le principe aujourd’hui largement accepté est celui du non-recouvrement des magistères. Selon ce principe, la pensée religieuse et la pensée scientifiques doivent poursuivre des buts différents pour cohabiter. La science explique le fonctionnement de l’univers (le « comment ») tandis que la religion propose des croyances qui donnent un sens à l’univers (le « pourquoi »). En grande partie, cette division est un corollaire du critère de réfutabilité de Karl Popper : la science propose des énoncés qui peuvent être mis à l’épreuve des faits et doivent l’être pour être acceptés ou refusés. La religion propose des énoncés qui doivent être crus sans pouvoir être vérifiés.
Les conflits entre la science et la religion se produisent dès lors que l’une des deux prétend répondre à la question dévolue à l’autre.
Cette violation peut se produire dans les deux sens. La religion empiète sur la science quand des personnes prétendent déduire des textes religieux des informations sur le fonctionnement du monde. Le conflit de ce type le plus évident est celui du créationnisme face à la théorie de l’évolution. Scientifiquement, la création de l’ensemble des êtres vivants en six jours n’est pas tenable. Mais différents courants religieux radicaux défendent l’exactitude du récit de la Genèse (depuis, l’Église catholique, par exemple, a résolu la contradiction apparente en déclarant que ce récit est métaphorique, ce qui assure de ne pas empiéter sur le domaine scientifique).
L’autre cas de violation est celui où on extrapole à partir de données scientifiques une vision du monde tout à fait irréfutable (au sens de Popper), empiétant sur le domaine du religieux. Dans le cadre du non-recouvrement, les propositions scientifiques doivent rester compatibles avec toutes les positions religieuses qui cherchent à donner du sens à l’univers (sauf celles qui violent elles-mêmes la démarcation). Albert Einstein et Paul Dirac utilisent le concept de Dieu en commentant la physique quantique, mais les résultats qu’ils établissent ne dépendent pas de son existence.
Le pape François, dans l’encyclique Laudato si’ « sur la sauvegarde de la maison commune » (2015), estime cependant que « la science et la religion, qui proposent des approches différentes de la réalité, peuvent entrer dans un dialogue intense et fécond pour toutes deux ».
Communauté scientifique internationale
Article détaillé : communauté scientifique.
Du savant au chercheur
Si la science est avant tout une affaire de méthode, elle dépend aussi beaucoup du statut de ceux qui la font. L’ancêtre du chercheur reste, dans l’Antiquité, le scribe. Le terme de « savant » n’apparaît qu’au xviie siècle ; se distinguant du clerc et de l’humaniste. Au xixe siècle cette figure s’estompe et laisse place à celle du « scientifique universitaire » et du « chercheur spécialisé » aux côtés desquels évoluent le « chercheur industriel » et le « chercheur fonctionnaire ». Aujourd’hui c’est la figure du « chercheur entrepreneur » qui domine selon les auteurs Yves Gingras, Peter Keating et Camille Limoges, dans l’ouvrage Du scribe au savant. Les porteurs du savoir, de l’Antiquité à la révolution industrielle. C’est la création d’institutions comme le Jardin royal des plantes médicinales ou l’Académie royale des sciences de Paris qui marquent l’avènement du statut de chercheur spécialisé au xixe siècle. Elles fournissent en effet des revenus et un cadre de recherche exceptionnels. C’est en Allemagne, avec Wilhelm von Humboldt, en 1809, que la recherche est affiliée aux Universités. Dès lors commence l’industrialisation de la production de chercheurs, qui accéléra la spécialisation du savoir. Depuis la Seconde Guerre mondiale, ce sont les instituts de recherche et les organismes gouvernementaux qui dominent, à travers la figure du chercheur fonctionnaire.
Les sociologues et anthropologues Bruno Latour, Steve Woolgar, Karin Knorr-Cetina ou encore Michael Lynch ont étudié l’espace scientifique, les laboratoires et les chercheurs. Latour s’est en particulier intéressé à la production du discours scientifique, qui semble suivre un processus de stabilisations progressives, ce qui permet aux énoncés d’acquérir de la crédibilité au fur et à mesure alors que Jean-François Sabouret et Paul Caro, dans « Chercher. Jours après jours, les aventuriers du savoir » présentent des portraits de chercheurs venant de tous les domaines et travaillant au quotidien.
Des communautés scientifiques
La communauté scientifique désigne, dans un sens assez large, l’ensemble des chercheurs et autres personnalités dont les travaux ont pour objet les sciences et la recherche scientifique, selon des méthodes scientifiques. Parfois cette expression se réduit à un domaine scientifique particulier : la communauté des astrophysiciens pour l’astrophysique, par exemple. La sociologie des sciences s’intéresse à cette communauté, à la façon dont elle fonctionne et s’inscrit dans la société.
Le physicien Hans Bethe recevant le prix Nobel en 1967, pour sa contribution à la théorie des réactions nucléaires.
On peut parler de « société savante » lorsqu’il s’agit d’une association d’érudits et de savants. Elle leur permet de se rencontrer, de partager, confronter et exposer le résultat de leurs recherches, de se confronter avec leurs pairs d’autres sociétés du même type ou du monde universitaire, spécialistes du même domaine, et le cas échéant, de diffuser leurs travaux via une revue, des conférences, séminaires, colloques, expositions et autres réunions scientifiques. Un congrès ou conférence scientifique est un événement qui vise à rassembler des chercheurs et ingénieurs d’un domaine pour faire état de leurs avancées. Cela permet également à des collègues géographiquement éloignés de nouer et d’entretenir des contacts. Les congrès se répètent généralement avec une périodicité fixée, le plus souvent annuelle.
La collaboration est de mise au sein de la communauté scientifique, en dépit de guerres internes et transnationales. Ainsi, l’outil d’évaluation par les pairs (aussi appelée « arbitrage » dans certains domaines universitaires) consiste à soumettre l’ouvrage ou les idées d’un auteur à l’analyse de confrères experts en la matière, permettant par là aux chercheurs d’accéder au niveau requis par leur discipline en partageant leur travail avec une personne bénéficiant d’une maîtrise dans le domaine.
Recherche
Article détaillé : Recherche scientifique.
Le Fermilab, à Batavia près de Chicago.
La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne également le cadre social, économique, institutionnel et juridique de ces actions. Dans la majorité des pays finançant la recherche, elle est une institution à part entière, voire une instance ministérielle (comme en France, où elle fait partie du Ministère de l’Éducation Nationale et de la Recherche) car elle constitue un avantage géopolitique et social important pour un pays. Le prix Nobel (il en existe un pour chaque discipline scientifique promue) récompense ainsi la personnalité scientifique qui a le plus contribué, par ses recherches et celles de son équipe, au développement des connaissances.
Les Science studies sont un courant récent regroupant des études interdisciplinaires des sciences, au croisement de la sociologie, de l’anthropologie, de la philosophie ou de l’économie. Cette discipline s’occupe principalement de la science comme institution, orientant le débat vers une « épistémologie sociale ».
Sociologie du champ scientifique
Article détaillé : Sociologie des sciences.
La sociologie des sciences vise à comprendre les logiques d’ordre sociologique à l’œuvre dans la production des connaissances scientifiques. Néanmoins, il s’agit d’une discipline encore récente et évoluant au sein de multiples positions épistémologiques ; Olivier Martin dit qu’« elle est loin de disposer d’un paradigme unique : c’est d’ailleurs une des raisons de sa vivacité ». Dans les années 1960 et 1970, une grande part de ces études s’inscrivait dans le courant structuraliste. Mais, depuis le début des années 1980, les sciences sociales cherchent à dépasser l’étude de l’institution « science » pour aborder l’analyse du contenu scientifique. La sociologie du « champ scientifique », concept créé par Pierre Bourdieu, porte ainsi une attention particulière aux institutions scientifiques, au travail concret des chercheurs, à la structuration des communautés scientifiques, aux normes et règles guidant l’activité scientifique surtout. Il ne faut cependant pas la confondre avec l’étude des relations entre science et société, quand bien même ces relations peuvent être un objet d’étude des sociologues des sciences. Elle est en effet plus proche de l’épistémologie.
Le « père » de la sociologie des sciences est Robert K. Merton qui, le premier, vers 1940, considère la science comme une « structure sociale normée » formant un ensemble qu’il appelle l’« èthos de la science » (les principes moraux dirigeant le savant) et dont les règles sont censées guider les pratiques des individus et assurer à la communauté son autonomie (Merton la dit égalitaire, libérale et démocratique). Dans un article de 1942, intitulé The Normative Structure of Science, il cite quatre normes régissant la sociologie de la science : l’universalisme, le communalisme, le désintéressement, le scepticisme organisé. Ce que cherche Merton, c’est analyser les conditions de production de discours scientifiques, alors que d’autres sociologues, après lui, vont viser à expliquer sociologiquement le contenu de la science. Pierre Duhem s’attacha lui à analyser le champ scientifique du point de vue constructiviste. À la suite des travaux de Thomas Samuel Kuhn, les sociologues dénoncèrent la distinction portant sur la méthode mise en œuvre et firent porter leurs investigations sur le processus de production des connaissances lui-même.
Si la philosophie des sciences se fonde en grande partie sur le discours et la démonstration scientifique d’une part, sur son historicité d’autre part, pour Ian Hacking, elle doit étudier aussi le style du laboratoire. Dans « Concevoir et expérimenter », il estime que la philosophie des sciences, loin de se cantonner aux théories qui représentent le monde, doit aussi analyser les pratiques scientifiques qui le transforment. Le sociologue américain Joseph Ben David a ainsi étudié la sociologie de la connaissance (« sociology of scientific knowledge ») dans ses « Éléments d’une sociologie historique des sciences » (1997).
Applications, inventions, innovations et économie de la science
Articles détaillés : Innovation et Invention (technique).
Le domaine de l’informatique est particulièrement concerné par les innovations. Ici, une puce électronique.
L’« application » d’une science à une autre est l’usage qu’on fait des principes ou des procédés d’une science pour étendre et perfectionner une autre science. L’« invention » est d’abord une méthode, une technique, un moyen nouveau par lequel il est possible de résoudre un problème pratique donné. Le concept est très proche de celui d’une innovation. Par exemple, Alastair Pilkington a inventé le procédé de fabrication du verre plat sur bain d’étain dont on dit qu’il s’agit d’une innovation technologique majeure.
Une « innovation » se distingue d’une invention ou d’une découverte dans la mesure où elle s’inscrit dans une perspective applicative. L’une et l’autre posent des enjeux majeurs à l’économie. Dans les pays développés, les guerres économiques reposent sur la capacité à prévoir, gérer, susciter et conserver les applications et les innovations, par le brevet notamment. Pour les économistes classiques, l’innovation est réputée être l’un des moyens d’acquérir un avantage compétitif en répondant aux besoins du marché et à la stratégie d’entreprise. Innover, c’est par exemple être plus efficient, et/ou créer de nouveaux produits ou service, ou de nouveaux moyens d’y accéder.
Ce sont tout d’abord les sociologues de la science Norman Storer et Warren Hagstrom, aux États-Unis, puis Gérard Lemaine et Benjamin Matalon en France, qui proposent une grille de lecture pour le champ économique des disciplines scientifiques. Ils envisagent en effet la science comme un système d’échange semblable à un marché sauf que la nature des biens échangés est du domaine du savoir et de la connaissance. Il y existe même une sorte de loi de la concurrence car si le scientifique ne publie pas, il ne peut prétendre voir ses fonds de recherche être reconduits l’année suivante. Cet esprit de compétition, selon Olivier Martin « stimule les chercheurs et constitue le moteur de la science ». Mais c’est surtout le sociologue Pierre Bourdieu qui a su analyser l’économie du champ scientifique. Dans son article intitulé « Le Champ scientifique », dans les Actes de la recherche en sciences sociales, il indique que la science obéit aux lois du marché économique sauf que le capital est dit « symbolique » (ce sont les titres, les diplômes, les postes ou les subventions par exemple). Par ailleurs, ce capital symbolique dépend de l’intérêt général et institutionnel : ainsi toutes les recherches se valent mais les plus en vue sont favorisées. Enfin, le milieu scientifique est dominé par des relations de pouvoir, politique et communautaire


