Hello world

4 407 mots

Temps de lecture :

19–28 minutes

navigation

Proposer une publication
Rédigez votre proposition d’article en choisissant dans la liste des étiquettes d’articles dans l’encart çi-dessous, l’intitulé correspondant le mieux à votre sujet puis spécifiez le dans l’intitulé de l’annonce avec le titre de l’article et son texte inférieur à 5000 caractère.
Une foi l’article en place sur le wikilogue par nos soin vous pourrez y revenir avec le statut d’auteur pour le modifier.

Liste alphabétique des étiquettes en vigueur

Nos dernières publications

  • (pas de titre)
    Annonces
  • La Queue d’aronde
    Scène cinquième : La Queue d’aronde -C’est le morphème mathématique d’un début de catastrophe. Je réalisais que Casoar était probablement la représentation de ma propre psyché et la retrouver était ma plus grande satisfaction qui porte le sourire de mon état d’âme et cette foi-ci c’était jusqu’aux oreilles des deux côtés. Où m’emmène-tu dans cette histoire…, il ne comprend pas le concept « aujourd’hui ». Je remarque que quant il plisse à gauche, c’est de la malice.
  • La fronce
    À ce moment de l’intrigue toute l’humanité faisait face à une foi inéluctable en son destin et de tel manière dont elle n’avait jamais été confronter jusqu’alors. L’enthousiasmes des peuples en révolte contres l’intransigeance suprême du pouvoir technologique des armes et de la violence « légitime », maintes et maintes foi éprouvé tout au long de l’histoire humaine, mettait en oeuvre cette foi-ci toutes ses forces et risquait de faire basculer la foi en toutes choses pour la bonne marche du monde.

Selon Fred Turner …

cette évolution technique qu’est le World Wide Web, aussi spectaculaire soit-elle, ne peut être la source unique des utopies auxquelles furent associés les ordinateurs. Qu’une telle machine puisse être posée sur un bureau et manipulée par un individu n’en fait pas pour autant une technologie « personnelle ». Que des groupes de personnes échangent via un réseau d’ordinateurs connectés n’implique pas nécessairement que leurs interactions en ligne s’inscrivent dans une logique de « communautés virtuelles ». Au contraire, sur les lieux de travail, ordinateur de bureau et en réseaux peuvent devenir de puissants leviers pour assimiler plus encore l’individu à son entreprise. Au sein du foyer, si les mêmes outils permettent aux écoliers de télécharger les contenus de bibliothèque publiques, ils transforment également le salon en super-marché numérique, opportunité dont se saisissent les boutiques afin de collecter toutes sortes d’informations personnelles sur ces consommateurs potentiels. Malgré les promesses d’une utopie en marche auréolant l’émergence de l’internet, rien ne vouait l’ordinateur, connecté ou pas, à aplanir les structures organisationnelles, participer de l’individuation des humains ou œuvrer à la création de communautés soudées malgré la dispersion géographique.

Qu’est-ce que le samizdat ?

On se souvient de l’arbre qui surgit des fentes d’un rocher ou des ruines d’une église. L’arbre vert du samizdat est encore plus étonnant. Il pousse sur le bâtiment en construction du socialisme totalitaire.
Le samizdat est le modèle d’une littérature libre existant en l’absence de liberté. Il a une vieille tradition, incarnée le plus complètement en Russie par le sort de Pouchkine. La censure et les persécutions d’écrivains vont de pair avec tout régime totalitaire et autocratique. Les artistes ont toujours tenté de passer outre aux interdictions venues d’en haut. Mais si jadis il existait des œuvres interdites, maintenant il y a une littérature interdite. Qu’a de commun le samizdat avec la littérature habituelle et en quoi s’en distingue-t-il ? Le samizdat comprend tous les genres de littérature inhérents à la production littéraire libre : vers, prose, ouvrages sur la vie politique et sociale, recherches scientifiques, traductions, programmes pour la structure politique de la société. Mais il y a aussi des genres particuliers au seul samizdat : lettres aux journaux occidentaux (que ceux-ci ne publient pas toujours), et comptes rendus d’audiences judiciaires. Ce genre a été inauguré brillamment par la journaliste, aujourd’hui disparue, Frieda Vigdorova. Le samizdat ne se borne pas à donner les points de vue de l’opposition, il fournit également les textes ou les sténogrammes officieux des déclarations faites par les hautes personnalités dirigeantes lors de réunions tenues secrètes. Ces deux derniers modes d’expression extralittéraires ont été élevés par le samizdat au niveau d’un genre littéraire, tout comme autrefois l’art épistolaire est devenu littérature avec les sentimentalistes anglais où l’étude s’est transformée en une œuvre achevée avec la peinture française. Le trait caractéristique du samizdat est l’interpénétration des éléments littéraires et non littéraires. Il en est ainsi parce qu’il s’agit non pas d’une littérature libre, mais d’un modèle existant en l’absence de liberté et qui ne remplit pas que des fonctions littéraires.


 La théorie française

Finalement, s’il est une leçon de cette invention américaine de la théorie française, comme de son abandon en France et de ses avatars mondiaux, c’est celle d’une continuité à rétablir coûte que coûte, contre les représentations polarisantes et les discours binaires : marxisme allemand contre nietzschéisme français, alors même que la micropolitique est le prolongement de l’idée de révolution ; phénoménologie française contre « perspectivisme » (multiplication des points de vue, pluralisation du sujet) postructuraliste, là où celui-ci n’est peut-être qu’une radicalisation de celle là, comme le suggérait Vincent Descombes ; ou encore le communautarisme américain contre l’universalisme français, qui dissimulent derrière des décalages de champs la convergence profonde de deux puissances alliées, ou les querelles que suggérait Bourdieu entre « deux impérialisme de l’universel » concurrent mais complémentaire. Reste donc à souder, à connecter, à continuer de brancher – Marx sur les théories non dialectiques de la différence, les luttes pour les droits civiques sur les politiques identitaires de l’université, le romantisme révolutionnaire sur les micropolitiques plus tactiques, le sexe ou la race, sur la classe sociale, et les radicalismes théoriques américains sur les nouvelles formes de dissidence sociale en France : des salles de cours aux politiques groupusculaires, ce sont autant de continuités à rétablir contre le fatalismes en vogue du postmoderne, de la fin de l’histoire et de la génération perdue, et leur impuissances. Le matérialisme, en tant que tradition intellectuelle, est d’abord cette méfiance joyeuse envers tous les discontinuismes, et leurs fausses séparations. C’est un travail de branchement, en d’autres termes, contre le mythe des ruptures, le fantasme des arrachements et des déconnexions. Guattari nous parle de « trahison créatives ». Pensées vivantes. Elle sont surfaces sensibles, peaux effleurées, sombres replis – moins un corps de pensée, débonnaire et charnu, qu’une zone de  contacts aux frontières érodées. Il suffit d’une seule citation, d’un argument repris, d’un livre mentionné ou d’une œuvre entière dans l’effacement de son nom propre. Leur circulation, leur détournement, leur transfert loin du contexte qui les vit naître et l’audace même de leurs usages, contre les modesd’emploi d’une didactique des textes, font ensemble – après qu’ils ont quitté leur auteur, mais avant qu’un corpus déjà ne les ait embaumés – toute l’érotique de la pensée. Son errance, incertaine. Le frottement des deux termes paraît secouer la poussière d’une époque révolue ; pourtant, l’idée d’une libido théorique (non une jouissance des mots, bien sûr, mais un rapport libidinal à la théorie) n’avait pas attendu les années 1970 pour nous rappeler l’ancestral tapin des textes, leurs œillades aguichantes sur les trottoirs de l’histoire, d’autant plus prometteuses qu’elles échappent au contrôle de leurs tristes souteneurs, héritier officiels ou exégètes d’école. Avec cette drague des textes il n’est pas question de métaphore, mais d’opposer le désir comme jeu – au sens de la mécanique- délai, ripage, à la proscription du moindre flottement, à l’introspection des bons emboitements, qui président de leur côté aux interprétations légitimes. Celles-ci postulent une source magique, majuscule, une essence textuelle avec sa vérité monosémique. Et jugent sévèrement, à son aune, les lectures étrangères, les feuilletages étudiants, les reprises fragmentaires et toutes les instrumentalisations, autant de distorsions sympathiques, mais qu’invaliderait leur caractère de blasphème. Le désir en question, au contraire, s’échauffe au contact des textes, entiers ou en lambeaux, à la  mesure d’un intervalle premier auquel on doit la vie des textes : intervalle entre l’irruption de l’écriture et sa normalisation anthologique, entre les logiques de champ et les aléas de la postérité, entre les effets de mode et le changement souterrain des paradigmes. S’ouvre ainsi une zone de non-droit entre contrôleurs d’origine et propriétaires à venir, une zone toute d’interstices à l’abri de laquelle, loin des gardien de l’œuvre, des textes seront mis en œuvre : ils s’inscriront le long de certains parcours, tatoueront des corps, investiront des pratiques et rassembleront des communautés inédites. C’est au sein d’un tel intervalle que s’est jouée aux États-Unis, au tournant des années 1980, l’invention de la théorie française – un intervalle ouvert, au creux duquel sa puissance est toujours intacte.

Le rêve d’une ad-hocracie distribuée

Pourquoi alors, ordinateurs et réseaux furent-ils le moteur des rêves d’une ad-hocracie distribuée, d’un marché libre et égalitaire et d’un « Soi » plus épanoui ? Où ces rêves avaient-ils pris forme ? Et qui enrôla ces outils informatique comme porte drapeaux ? Pour répondre à ces questions, il faut en revenir à l’histoire d’un groupe extrêmement influent de journalistes et d’entrepreneurs de la baie de San Francisco : Stewart Brand et le réseau Whole Earth. Entre la fin des années soixante et la fin des années quatre-vingt-dix, Brand constitua un réseau composé de personnes et de revues qui furent à l’initiative d’une série de rencontres entre les milieux bohèmes de San Francisco et la silicon valley, carrefour technologique naissant. Dés 1968 il regroupa les acteurs des deux mondes dans les pages d’un des ouvrages les plus représentatifs de l’époque, le Whole Earth Catalog. En 1985, il  les réunit de nouveau au sein d’un dispositif de conférences électronique qui allait devenir le plus influent de la décennie, le Whole Earth Lectronic Link ou WELL. Dès lors, et ce jusqu’au début des années quatre-vingt-dix, Brand et les autres membres du réseau, dont Kevin Kelly, Howard Rheingold, Esther Dyson ou encore John Perry Barlow, devinrent les personnalités les plus citées pour illustrer une vision contre-culturelle de l’internet. Finalement, en 1993, tous participèrent à la création de Wired, le magazine, qui plus que tout autre vantera la dimension révolutionnaire du monde numérique émergent.