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C’est en 1960 que s’ouvre à San Francisco dans Hayes Street, The Blue Unicorn, la toute première coffee house, qui ne prendra vraiment son essor que quelques années plus tard. Elle réunit alors artistes, intellectuels, marginaux et toute la bohème qui s’installe progressivement à Haight. C’est là que se tiennent les réunions de la Sexual Freedom League ou du Legalize Marijuana Movement (LEMAR). Y milite Chet Helms futur manager de Janis Joplin, personnage pittoresque qui participe également à des concerts rock et se trouve en contact avec des groupes musicaux comme The Final Solution, composé d’étudiants de San Francisco. On voit ainsi s’établir très tôt le lien entre les jeunes, la musique et la drogue.
Le 4 juillet 1965, Mother, autre lieu mythique, ouvre sous la direction de Tom Donahue. Ce dernier fait déjà partie du show-business et possède sa propre maison de disques. Mother est décoré de façon somptueuse ; les feuilles de plastique fixées aux murs vibrent au rythme de la musique, tout en retenant la lumière colorée des spots. Le mois suivant, Donahue fait venir le groupe new-yorkais Loving Spoonful (ou Spoonful). Un mois plus tard encore, apparaît à San Francisco un second night-club, où se produit l’un des groupes rock les plus populaires, les Matrix. Son propriétaire, Marty Balin, acteur et chanteur qui réside déjà à Haight, est lui-même à la tête de son propre groupe rock, le Jefferson Airplane, spécialisé dans le blues country et les folk ballads. Citons également des cafés comme le « I Thou Coffee Shop », de Dave Rothkop, ou encore le Drog Store Cafe.
L’une des premières associations gay, l’International Bachelors Fraternal Orders for Peace and Social Dignity, plus connue sous le nom de Bachelors Anonymous, s’est créée à Los Angeles peu après 1945. Elle se donne pour but d’apporter un soutien moral à ceux qui se sentent exclus de la société en raison de la réprobation morale et de la discrimination, et formule le problème en termes marxistes. Ses efforts d’organisation s’amplifient au début des années 50, notamment en Californie, et l’ouvrage de Donald Webster Cory The Homosexual in America fait date, en 1951, pour ce qu’on appelle désormais l’homophile movement. Son impact sera comparable au Feminine Mystique de Betty Friedan. Établissant un parallèle avec les minorités ethniques, l’auteur explique que les préjugés privent les membres de sa communauté d’une partie de leurs droits. Leurs difficultés, estime-t-il, sont davantage liées à l’attitude de la société à leur égard qu’à leur homosexualité proprement dite.
En 1950, a été fondé à Los Angeles The Knights of the Clock (Les chevaliers de l’horloge), pour établir un lien entre homo-sexuels noirs et blancs.
En 1963, c’est l’East Coast Homophile Organization (ECHO) et la National Planning Conference of Homophile Organizations, rebaptisée par la suite North American Conference of Homophile Organizations (NACHO) ; en 1964, à San Francisco, la Society for Individual Rights (SI).
En septembre de cette même année, la League for Sexual Freedom et la Homosexual League établissent un piquet de grève devant un centre de recrutement de l’armée pour protester contre la divulgation de renseignements confidentiels concernant les appelés. Enfin, le mouvement gay s’implante aussi sur les campus et des associations sont officiellement reconnues dans certaines universités après qu’un militant du SDS a publié à San Francisco, au milieu des années 60, un gay manifesto. Le mouvement homosexuel participe de l’évolution générale et se durcit vers la fin de la décennie. Une étape capitale est franchie en juin 1969 avec la naissance du Gay Movement Liberation, à la suite d’émeutes lors de la fermeture par la police d’un bar de Greenwich Village, le Sionewall Inn, fréquenté par des homo-sexuels, nombreux dans le quartier.
Le mouvement féministe présente aussi des analogies avec les mouvements contestataire ; l’analyse de la situation se fait souvent, en son sein aussi, en des termes inspirés du marxisme et s’accompagne d’un appel à la lutte. On y note également l’existence de plusieurs tendances et l’évolution du mouvement féministe vers des formes sans cesse nouvelles, dont le caractère spectaculaire doit attirer l’attention. Il participe donc de la contestation générale mais, tout en s’adressant au grand nombre, n’occupe pas le devant de la scène. Par solidarité masculine sans doute, la presse contestataire consacre beaucoup plus d’articles au combat des homosexuels qu’aux efforts des féministes. Il est plus facile aux membres du SDS (Students for a Democratic Society) ou aux Yippies de dénoncer la société que de remettre en question leur propre attitude vis-à-vis des femmes.
Les féministes ont d’ailleurs tôt fait de constater leur difficulté à mobiliser les hommes et se rendent compte qu’elles doivent surtout compter sur elles-mêmes. Déçues par le sexisme des révolutionnaires, elles ont l’impression que les femmes sont, une fois de plus, laissées pour compte. Abbie Hoffman, le compagnon de lutte de Rubin, n’a-t-il pas déclaré que la seule union qu’il envisageait avec le Women’s Liberation Movement était au lit ? Cela vient rappeler des propos semblables tenus par un leader noir affirmant qu’au Student Nonviolent Coordinating Committee les femmes ne peuvent occuper d’autre position qu’horizontale.
La spécificité de leur condition et l’injustice faite aux femmes incitent Betty Friedan à fonder en 1966 la National Organization for Women. Son acronyme, NOW, souligne la nécessité d’agir vite.
NOW adopte bientôt un texte demandant le vote d’un amendement qui garantisse l’égalité des droits, puis l’application des lois anti-sexistes. Le ton de Betty Friedan n’a cependant rien de la rhétorique révolutionnaire si fréquente chez les contestataires. NOW met l’accent sur les problèmes concrets posés par les enfants tels les congés de maternité, les frais de garde, etc. Les revendications les plus nouvelles sont sans doute « equal and unsegregated education »
et surtout « the right of women to control their reproductive lives »? ». C’est naturellement ce dernier point qui confère sa spécificité au mouvement féministe et le distingue des autres minorités.
En 1955 débute la « San Francisco Renaissance » avec le poète Ginsberg, L’Anarchist Circle, créée juste après la guerre, et le Poetry Center, fondé en 1947, contribueront eux aussi à faire de la ville un lieu ouvert aux idées les moins conformistes. Les relations entre les anciens et les nouveaux habitants sont au départ cordiales. Cependant, gêné par le nombre croissant de beats et par leur mode de vie, les familles ouvrières partent peu à peu. Bientôt le quartier deviendra le centre de la communauté hippie de San Francisco.
La fluctuation de la population reste, dans une certaine mesure, fonction des trimestres universitaires, car les hippies y suivent parfois des cours.
Cependant, l’intellectuel qui a le plus contribué au lancement de la révolution psychédélique – et de la contre-culture en général – est sans aucun doute l’écrivain Ken Kesey. Son livre One Flew Over the Cuckoo’s Nest (Vol au-dessus d’un nid de coucous), publié en 1962, connaît un succès considérable. Kesey est un homme brillant. Ancien étudiant de Stanford, il travaille comme auxiliaire dans le service psychiatrique d’un hôpital où sont menées des recherches sur des drogues comme le peyotl, la mescaline, la psilocybine et le LSD ; il se porte naturellement volontaire pour des expériences. Avant même la naissance du mouvement hippie, c’est déjà un des personnages marquants de la bohème de San Francisco, avec ses amis, les Merry Pranksters En 1964, il s’achète un vieil autobus que les Hell’s Angels peignent de toutes les couleurs, et ensemble ils parcourent les État Unis.
C’est en 1967 que se crée le Youth International party ( les Yippies), fondé par une vingtaine d’artistes et d’intellectuels dont Allen Ginsberg; mais davantage peut-être que Ginsberg, ses dirigeants les plus médiatiques sont sans doute, Abbie Hofmannn et Jerry Rubin. Idéaliste et adepte des drogues, les Yippies prônent moins une révolution politique qu’une révolution culturelle, et incarnent une tendance anarchiste originale qui intègre des éléments psychédéliques.
L’un des fabriquants de LSD les plus connus est un dénommé Augustus Owsley Stanley III. La « qualité » de son produit, qui assoit sa renommée jusqu’en Europe, l’amènera à créer son propre réseau de distribution. Owsley, qui a alors une trentaine d’années, est le petit-fils d’un ancien sénateur du Kentucky. Après une enfance difficile, raconte Tom Wolfe dans son livre The Electric Kool-Aid Acid Test, le jeune homme est renvoyé de plusieurs établissements, notamment de la faculté des sciences de l’université de Virginie. Et, s’il parvient à s’inscrire à l’université de Berkeley, il ne tarde pas à se faire une nouvelle fois exclure. Il ouvre alors son laboratoire à Berkeley, à une époque où le LSD n’est pas encore interdit en Californie – il ne le sera, qu’à partir d’octobre 1966 -, puis il s’installe à Los Angeles avant de remonter à San Francisco.
Moins d’un an après la célébration burlesque de la mort de l’argent, Haight est le témoin d’un autre spectacle d’inspiration religieuse. Pour marquer le premier anniversaire de l’interdiction
du LSD par la justice californienne, de nouvelles funérailles symboliques sont organisées, le 6 octobre 1967 Le but de la Death of Hippie Ceremony and Birth of Free Man est de marquer la mort du hippie en ce qu’il est, selon les jeunes, un produit des médias.
Il faut, de fait, exorciser un quartier qui, victime de son image, attire davantage de personnes qu’il ne peut en accueillir. De cette mort, un homme nouveau doit naître, un homme libre.
Les fêtes durent trois jours. Le vendredi matin se déroule au sommet de Buena Vista Park le sunrise service, cérémonie en l’honneur du soleil au cours de laquelle, renouant avec des rites anciens, la foule acclame le lever de l’astre. Puis, armés de balais, les hippies entreprennent de nettoyer Haight Street. L’après-midi, ils organisent la procession funéraire. Se baptisant pour l’occasion la Brotherhood of Free Men, la Confrérie des hommes libres, des jeunes portent un cercueil long de quinze pieds au fil d’un chemin de croix qui marque ses stations sur les hauts lieux de la culture hippie.
Le 14 janvier 1967 se déroule, toujours à San Francisco, le Worlds First Human Be-In, où Gathering of the Tribes a Human Be-In. Il est organisé à l’appel de l’Oracle et du Berkeley Barb, et rassemble 20 000 personnes chargées de fleurs ou d’encens. On remarque la présence au Golden Gate Park de grands noms de la contre-culture, dont Leary et Rubin.
Quant à Gary Snyder, il souffle dans une conque, tandis que des participants récitent des mantras’, tel le « Om Shri Maïtreya ». À la fin de la cérémonie, sous la direction de Ginsberg, les hippies nettoient les lieux ; puis, les derniers fidèles se rendent à l’océan et allument des feux sur la plage, avant de chanter, de prier à nouveau et de se disperser.
Mais le comique perpétuel de la farce est finalement autodestructeur. La liberté totale contient des germes de violence. la violence surgit d’autant plus facilement que la foule se sent investie d’une réelle puissance. Le nombre, en tant même que facteur sécurisant, incite au débordement. La présence d’autrui conforte l’individu dans sa conviction. Le sentiment d’appartenance à un groupe crée ainsi une impression de bien-être, et l’identification à l’autre donne au jeune la sensation d’être aimé. Selon la formule d’Abe Peck, le rock devient ainsi, après la politique, le sexe et la drogue, le quatrième des cavaliers de l’apocalypse.
Mais, si le rock est indissociable de la violence, ces désordres, il faut le noter, restent, tout compte fait, mineurs. Et la furie libérée pendant les concerts peut être considérée dans sa fonction sociale positive : elle détourne d’une autre violence qui risquerait de compromettre sérieusement l’ordre public. Dans un espace clos, les spectacles permettent une relative canalisation de l’énergie dépensée. La musique pop serait alors un mode d’expression acceptable de la violence que la jeunesse a besoin d’exprimer.
1968 le retour à la terre commence à soudre dans les têtes.
L’achat de la terre est souvent effectué par des familles de classe moyenne qui réunissent leurs revenus, ce qui soulève d’éventuels problèmes juridiques en cas de dissolution de la communauté. Cependant, le terrain est parfois offert ; il arrive en effet que des bienfaiteurs fortunés, tel Lou Gottlieb en 1966, investissent pour créer une communauté où permettent à un groupe de s’installer chez eux. La communauté de New Buffalo – comme le sera Libre – est elle aussi aidée par un homme riche qui lui fait don de 50 000 dollars et vit quelque temps en son sein. Enfin, le Lorien Institute for Life Arts, ou LILA, bénéficie de l’aide d’un poète détenteur d’actions chez IBM.
L’une des communautés les plus connues est Morning Star, fondée en 1966 par L. Gottlieb, qui fut un temps membre d’un groupe musical. Par sa relative proximité de San Francisco, elle joue un rôle dans la vie du quartier de Haight, car Gottlieb accueille sur sa propriété tous ceux qui s’y présentent. Les problèmes de drogue, de nudité et de nuisances sonores ont tôt fait d’attirer l’attention des voisins, puis des autorités locales. Prétextant l’absence d’installations sanitaires adéquates et l’insalubrité due au surpeuplement, elles entament une longue bataille juridique qu’elles finissent par remporter. Non loin de là, afin d’accueillir les jeunes de Morning Star contraints au départ, Bill Wheeler crée, sur sa propriété, Wheeler’s Ranch, qui subira les mêmes assauts juridiques, avant sa destruction au bulldozer en 1973.
Richard Fairfield, décide de fonder à Boston un journal qui fournisse de nombreuses informations à ses lecteurs désireux d’expérimenter la vie alternative. Ainsi le Modern Utopian renseigne le public sur les free schools ou sur les tentatives de microsociétés et publie les lettres de jeunes à la recherche d’une commune qui accepte de les accueillir. Malgré son faible tirage, il exercera une influence considérable sur le mouvement naissant. Les deux autres revues les plus importantes, le Whole Earth Catalog (Catalogue de la terre entière) et les Mother Earth News (Nouvelles de la terre mère), se retrouvent fréquemment entre les mains de hippies désireux d’effectuer un retour à la nature. Dès 1968, le Whole Earth Catalog propose outils, livres ou renseignements divers sur les communes, et son succès est tel qu’en un an son tirage passe de 1000 à 160 000 exemplaires.
Des exemples précis permettent de saisir le changement de mentalité, de mesurer l’évolution des hippies. Les communes spirituelles les plus connues sont Ananda et Lama, toutes deux très proches d’ordres monastiques. Ananda, créée en 1968 près de Nevada City, a pour but de mettre en application un idéal communautaire par l’intermédiaire de la prière et de la réflexion, à partir de techniques zen.
Peut-être davantage encore qu’Ananda, la Lama Foundation, établie en 1967-1968 près de Taos, représente les nouvelles tendances du moment. Cette commune construite en terre, l’une des plus belles du point de vue esthétique, évoque Drop City par son dôme moderne. Son fondateur, Steve Durkee, a fait la connaissance de Richard Alpert qui est, avec Leary, l’un des grands prêtres du LSD. Revenu transformé d’un séjour en Inde, Alpert prend le nom de Baba Ram Dass et organise, fin 1969, le premier ashram de Lama, qui ne compte d’abord qu’une douzaine de moines et plusieurs yogis. Dans la communauté, une participation mensuelle aux frais d’entretien est exigée, ce qui n’exclut pas d’avoir à assurer une trentaine d’heures de travail par semaine.
Thimoty Leary, à l’instar de nombreux hippies, se préoccupe moins des problèmes politiques que les activistes du SDS. Et lorsqu’il va jusqu’à déclarer : « Je n’ai aucune sympathie pour le mouvement d’intégration qui vise à “élever” les Noirs au niveau de l’Américain blanc moyen », on a du mal à distinguer dans ces propos la part de la sincérité et celle de la provocation. La religion psychédélique est donc, dans le même temps, inséparable d’une position politique, en ce qu’elle renvoie à une conception nouvelle de la société, et relativement indépendante d’elle, dans la mesure où l’adepte affirme vouloir prendre ses distances vis-à-vis de toute réorganisation sociale. Et quelques années plus tard, l’attitude de Leary face aux problèmes sociaux et à l’engagement politique se fera encore plus ambiguë. Avec la complicité de membres des Black Panthers, des Weathermen et du SDS, il s’évade de la prison californienne où il purge une peine de dix ans et s’embarque pour l’Europe. Il gagne ensuite Alger, où il rencontre Eldridge Cleaver. Mais, rapidement, leurs relations se tendent. Les deux hommes sont très différents et Cleaver est radicalement opposé à la drogue. Le grand prêtre du psychédélisme échoue à imposer une nouvelle échelle des valeurs et à convertir ceux qui se sont entre-temps fixé d’autres buts. L’évolution de Leary se poursuivra quelque temps encore vers un radicalisme toujours plus poussé, jusqu’à ce que, abandonnant tout espoir de fonder une religion psychédélique, il envisage de donner un tout autre sens à sa vie. Il se considère alors en guerre contre le gouvernement américain et déplore que la guérilla urbaine des Weathermen se limite à l’incendie de quelques bâtiments officiels. Il prône l’escalade de la violence. En février 1971, le journal Globe rapporte que, selon Leary, le moment est désormais venu pour les jeunes à l’esprit radical de suivre les Weathermen et les Black Panthers, d’abandonner les drogues et de s’engager dans la révolution.
Une décennie plus tard la retombée de la contestation et la réinsertion de la jeunesse dans la société américaine sont dues à son incapacité à dépasser ses propres contradictions. La non-violence cède notamment le pas à l’intolérance et au fanatisme, tandis que l’individualisme extrême et l’hédonisme total rendent difficiles des relations stables au sein de la subculture. Mais d’autres contradictions sont aussi lisibles : ces opposants à la société industrielle vivent de ses surplus, ces partisans d’une vie naturelle refusent de donner la vie, ces adeptes d’une ascèse spirituelle comptent trop souvent sur des substances miracles pour leur ouvrir sans effort l’accès au divin.
Entre la fin des années soixante et la fin des années quatre-vingt dix, Steawart Brand constitua un réseau composé de personnes et de revues qui furent à l’initiative d’une série de rencontres entre les milieux bohèmes de San Francisco et la Silicon Valley, carrefour technologique naissant. Dès 1968, il regroupa les acteurs des deux mondes dans les pages d’un des ouvrages les plus représentatifs de l’époque le « Whole Earth Catalog ». En 1985, il les réunit de nouveau au sein d’un dispositif de conférence électronique qui allait devenir le plus influent de la décennie, le Whole Earth Lectronic Link ou WELL. Dès lors, et ce jusqu’au début des années quatre-vingt dix, Brand et les autres membres du réseau, dont Kevin Kelly, Howard Rheingold, Esther Dyson ou encore John Perry Barlow, devinrent les personnalités les plus citées pour illustré une vison contre-culturelle des l’internet. Finalement, en 1993, tous participèrent à la création de Wired, le magazine, qui plus que tout autre vantera la dimension révolutionnaire du monde numérique émergent.
La production intellectuelle et technologique de la recherche aux États-Unis présentait énormément d’intérêt aux yeux des « Nouveaux Communalistes ». Et si les hippies, qu’ils soient de Manhattan ou de Haight-Ashbury, condamnaient dans son intégralité l’industrie de l’armement ainsi que le processus politique à son origine, ils n’en furent pas moins des lecteurs assidus d’Herbert Marcuse, Norbert Wiener, Buckminster Fuller et Marshall McLuhan.
La Nouvelle Gauche et les Nouveaux Communalistes partageaient l’idée que la bureaucratie technologique représentait, au mieux la menace d’une existence d’adulte terne et psychologiquement douloureuse, et qu’au pire elle entraînerait l’extinction de l’espèce humaine. Pour la Nouvelle Gauche, la politique de mouvement rendait possible le reversement de cette bureaucratie tout en permettant d’expérimenter dans son intimité propre la solidarité dans l’engagement commun et la possibilité de vivre une vie d’adulte qui conserve sa charge émotionnelle. Pour les Nouveaux Communalistes et une grande partie du mouvement contre-culturel, la cybernétique et la « Théorie Générale des Systèmes » offraient une alternative idéologique. Comme Norbert Wiener vingt ans plus tôt, un certain nombre de membres de la contre-culture voyaient dans la cybernétique la perspective d’un monde construit non pas sur des hiérarchies verticales ou des flux d’autorité descendants, mais autour de circuits en boucle, d’énergie et d’information. Ces circuits ouvraient la voie à un ordre social stable dont les fondations ne seraient pas les chaînes de commandement aliénantes des univers militaire et économique, mais les flux et les reflux de la communication.
Fred Tuner qui nous raconte « Cet espace constituée de toutes ces communautés devenant tour à tour un forum-réseau. Un espace où les membres des différentes communautés se réunissaient, «échangeaient idées et légitimité, et ce faisant produisaient de nouveaux cadres intellectuels et de nouveaux réseaux sociaux. Le terme forum-réseau, crée une passerelle entre deux concepts importants des champs de la sociologie des sciences et des techniques : celui de « zone d’échange » développé par Peter Galison et celui « d’objet frontière » forgé par Susan Leigh Star et James Griesemer. Les Forums-réseaux fonctionnent comme une zone d’échange dans la mesure où ce sont des espaces dans lesquels des représentants de plusieurs disciplines se rassemblent pour travailler et élaborent des langages de contact pour pouvoir collaborer. Pour autant, dans le regard de Galison, et dans celui des anthropologues dont il s’est inspiré, les zones d’échanges sont avant tout des lieux physiques, par exemple des laboratoires. Dans une étude Star et Griesemer soumirent l’idée qu’un artéfact médiatique pouvait être également utilisé à des fins collaboratives. Ils montrèrent que le travail scientifique nécessitait une collaboration entre des représentants d’un grand nombre de sous-disciplines. Il trouvaient le moyen de collaborer tout en conservant leur réflexes individuelle à leur champs d’étude originelle, en partie grâce à la création et la mise en circulation « d’objets-frontière ». En d’autres termes, « des objets que l’on trouve dans plusieurs mondes sociaux entrecroisés et qui satisfont aux conditions informationnelles nécessaires à chacun ». Pour Star et Griesemer, ce type objets comprend les collections d’objets organisées et indexées : les cartes, les diagrammes, les formulaires standardisés et des objets aux limites tracés collectivement par l’ensemble des membres mais dont le contenu pouvait être analysé différemment par chacun d’entre eux.
Un forum-réseau présente à la fois les propriétés singulières des zones d’échange et des objets frontières. À l’image de l’objet-frontière, il prend la forme d’un média, tel un catalogue ou un système de discussion en ligne, autour et au sein duquel les individus échangent et collaborent sans renoncer à leur propre réseau de filiation. Mais à l’image de la zone d’échange, il s’agit également d’un espace dans lequel de nouveaux réseaux peuvent êtres crées, non pour créer un nouveau tissu social, mais également dans la perspective d’un travail à accomplir.
Au sein d’un forum-réseau, de la même manière que dans une zone d’échange, des contributeurs fabriquent des outils rhétorique inédits avec lesquels ils peuvent exprimer et faciliter de nouvelles collaborations. Les forum-réseau ne sont pas confinés au seul univers des médias. Des think tanks, des conférences et même des marchés en pleine air peuvent être les supports de ce type de forums quand un ou plusieurs entrepreneurs réunissent des membres de réseaux multiples, leur permettent de communiquer et de collaborer, facilitant ainsi la formation simultanée de nouveaux réseaux et de nouveaux langages de contact. Cependant les forums-réseaux structurés autour d’un média, comme le Whole Earth Catalog, sont à la fois issus de ces nouvelles langues mais également l’espace même de leur développement. En dernière instance, les forums eux-mêmes deviennent souvent les prototypes concrétisant les analyses collectives autour desquelles ils ont été construits.
Le Whole Earth Catalog jouera chacun de ces rôles, en premier lieu pour ses contributeurs et son lectorat d’origine au sein des communautés.
L’Ère du Wikinomics
Internet s’est développé par étape. Aux balbutiements du fait d’une mise en place technologique complexe et d’un faible niveau d’équipement des particuliers succéda la révolution du Web dit « 2.0 ». Ce Web enrichi offrit la possibilité pour tous les internautes de devenir producteurs d’informations, de nombreux services numériques ont été créés pour permettre aux utilisateurs de produire leur propre contenu et notamment les blogs. Déjà le wiki, tiré du mot hawaïen wiki qui signifie « vite », a été inventé en 1995 par Ward Cunningham dans le cadre d’un programme informatique appelé Wikiwikiweb. Il s’agit d’un site Web collaboratif où tout visiteur peut modifier ou ajouter du contenu. Le plus connu des wikis aujourd’hui est Wikipédia. C’est une encyclopédie participative sur Internet.
Selon le dictionnaire américain Merriam Webster, équivalent du Petit Robert français, un blog est un site Web qui contient des réflexions personnelles en ligne, des commentaires et souvent des hyperliens, des vidéos et des photographies fournis par le rédacteur. Le contenu d’un tel site se rapporte généralement à un sujet et se compose d’articles et de commentaires personnels d’un ou plusieurs auteurs.
Les origines :
Avant les réseaux sociaux, il y avait… le blog personnel. Ou plutôt, le « weblog ».Le tout premier blog identifié serait celui de Justin Hall, en 1994. Il y partageait sa vie d’étudiant, ses lectures, ses réflexions… un peu comme un journal intime, mais public. Le terme « weblog » apparaît en 1997, rapidement raccourci en « blog ».
À cette époque, il fallait coder à la main ses pages HTML. Le blogging était réservé aux geeks… passionnés d’écriture. Mais déjà, on y retrouve l’essence du blog : un ton personnel, des publications régulières, un lien direct avec un lectorat.
1er janvier 1994
Le journaliste free-lance américain Justin Hall publie son premier post de blog. Sur son blog, toujours en ligne, il raconte sa découverte de l’Internet en 1988 et, après plusieurs années de recherche, il publie et s’impose dans l’histoire du numérique.
1997
Création de la première plateforme de blog et de social networking. Est mis en ligne pour la toute première fois Open Diary, une sorte de version bêta et toute première ébauche de software de networking social. Le site devient rapidement une communauté de journaux intimes/personnels en ligne. Ses deux fondateurs, Bruce et Susan Abelson, le décrivaient comme « le premier site Web réunissant des rédacteurs de journaux intimes au sein d’une grande communauté ». Le concept de communauté et de social networking était né. La plateforme permettait à ses membres de créer des contenus équivalents aux pages d’un journal intime pas sans rappeler Facebook : public, privé ou juste pour ses ami(e)s.
Naissance du terme « weblog » (à lire « web log » et non « we blog ») sous la plume numérique de John Barger, créateur du site Web « Robot Wisdom » sur lequel il publie ses réflexions sur des sujets très en vogue déjà à l’époque comme l’intelligence artificielle. Dans l’espoir d’apporter à son audience une valeur ajoutée, il dresse dans ses différents articles une liste de liens « chaque jour façonnés par ses propres intérêts dans les arts et la technologie ». Pour qualifier cette collection de liens pertinents d’un point de vue éditorial, il crée une nouvelle expression « Weblog », expression ayant vocation à décrire le processus de « logging du web », qui sera par la suite reprise puis raccourcie à « blog » par Peter Merholz en 1999. Une certaine manière de convoquer la figure d’Epiméthée. Un processus déformant s’est opéré entre ce qui tient de la théorie de l’information et de la communication, c’est-à-dire l’acte de mise en relation et le processus ontologique et artistique né d’un besoin de créer de la mémoire par le contenu et de l’indexer puisqu’il en est ainsi depuis que la pensée rationnelle s’est imposée. En tant que tel il s’agit d’un acte très innovant puisque par l’intermédiaire d’un nouvel outil, le blog, la libéralité de création d’un média personnel sans frontière apparut.
Entre 2001 et 2002, lancement des premiers blogs à futur gros succès, notamment et parmi les plus marquants d’entre eux, des blogs devenus médias pure-players célèbres : Techcrunch, Mashable, ou le HuffPost. Ces médias aujourd’hui incontournables du Web ont tous été lancés par des blogueurs indépendants.
2003
Version 0.7 Matt Mullenweg et Mike Little font un fork de b2 et créent WordPress. Cette première version comprend un moteur de texturage, un gestionnaire de liens, des modèles conformes au XHTML 1.1, une nouvelle interface d’administration, la possibilité de faire des extraits manuels et de nouveaux modèles.
Entre 2003 et 2005, les moteurs de recherche entrent dans la danse
Les moteurs de recherche rachètent ou lancent leur propre plateforme de blogging.
En 2003, Google entre dans la danse avec le rachat de Blogger. Dans la foulée il lance Adsense et crée ainsi le premier réseau publicitaire offrant la possibilité d’insérer des publicités contextualisées au sein des contenus de blogs. En 2004, MSN inaugure Spaces, plateforme de blogging qui lui permet de faire le lien entre MSN Messenger et les services Hotmail. En 2005, AOL crée son service de blogging RED ciblant les adolescents et rachète la plateforme d’édition de blogs Weblogs Inc pour 25 millions de dollars. Les toutes premières plateformes de blogging furent lancées en 2001. C’est à partir de 2003 que le blog prend son essor avec la création de WordPress. Ces plateformes aident le blogueur dans sa création de contenu en le délestant des aspects techniques liés notamment aux actions de programmation jusque-là nécessaires pour mettre en ligne un contenu. De nos jours, la plupart des sites des entreprises et des organisations intègrent ces outils dits de CMS (Content Management System. Drupal, Wix et Weebly sont les principaux concurrents de WordPress) et les mettent à disposition de leurs collaborateurs afin qu’ils publient aisément leurs expertises. Cet aspect a révolutionné la communication des organisations. Signalons l’apparition de Technorati, le premier moteur très puissant de recherche de blogs ou encore d’AudioBlogger, le tout premier service de podcast, une fonctionnalité dont on prédit un développement très important dans les prochaines années. Enfin, notons que les premiers blogs vidéo furent lancés dès 2004, soit un an avant la création de Youtube.
L’histoire s’est ensuite accélérée. Aux experts du marketing digital comme Karine Abbou qui considéraient dès l’aurore du 21e siècle : « que le blog est le devenir de toutes les marques. En tant qu’outil individuel et incarné par une personne physique, il a même vocation à devenir le support média de n’importe quelle marque », la tendance a donné raison. Or la suite de la prédiction s’est révélée plus hasardeuse : « Face à la prise en otage du web par l’oligopole GAFAM et son hyper monopolisation, je pense que l’équilibre des forces passera justement par la réunion de ce milliard et demi d’individus (NDLR : les blogueurs) qui, ensemble, constitueront le plus juste, le plus puissant et le plus humain des contre-pouvoir ». Nous savons désormais que ce qui tenait davantage de l’espérance que de la prévision se sera construit de manière inversement proportionnel. La force est et demeurera longtemps entre les mains des GAFAM, devenant chaque jour un peu plus puissantes que les États.
2025
Version 6.8 (Cecil) (921 contributrices et contributeurs ) : chaque version de WordPress célèbre une ou un artiste ayant posé son empreinte sur le monde de la musique. WordPress 6.8 « Cecil » rend hommage au légendaire pianiste et pionnier du jazz Cecil Taylor. De formation classique mais résolument anticonformiste, Cecil Taylor a ré-imaginé le piano comme un instrument de percussion, superposant les sons, explorant la polyphonie et associant différents rythmes pour créer un son à la fois chaotique et précis. Sa musique a été révolutionnaire, formant de l’ordre dans le désordre et de l’harmonie dans la dissonance. Cet esprit anime WordPress 6.8. Adoptez ses nouvelles fonctionnalités audacieuses avec la même curiosité et la même expérimentation qui ont défini la création musicale de Cecil.
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